
nformation
et pacification dans le District du Bas-Fleuve et à Luozi.
Kongo Central, du 12 janvier 2008 au 2 février 2008.
Présenté par les Députés Jean-Claude Vuemba et Ruffin Mpaka
I. Avant-propos
En date du 5 janvier 2008, des événements graves ayant causé mort d’hommes
se sont produits dans les localités de Vanga, Isangila, Sanzala… situées
dans Le Territoire de Seke-Banza, District du Bas-Fleuve, Province du Kongo
Central.
Ayant été informé de la situation, le Président de l’Assemblée nationale,
l’Honorable Vital KAMERHE, au cours de la plénière du 11 janvier 2008, a
invité les élus du Kongo Central, à éclairer l’opinion nationale et a
demandé à l’Honorable Jean-Claude VUEMBA de lancer, à partir de la plénière,
un message de paix à l’intention des adeptes de Bundu dia Kongo en
particulier et de la population du Kongo central en général.
La volonté du Président de l’Assemblée nationale de ramener la paix au Kongo
Central s’est traduite par l’envoi d’une « mission » d’information et de
pacification conduite par les Honorables Jean-Claude VUEMBA, Chef de la
délégation, et Rufin MPAKA ; tous deux élus du Kongo central.
Pour mener à bien leur mission, les Parlementaires se sont adjoints des
responsables mandatés par les Autorités Provinciales, parmi lesquels : le
Conseiller Politique du Gouverneur, Monsieur José MIANTENZILA, des Officiers
Supérieurs de l’Armée, de La Police, des Agents de services spécialisés
ainsi que deux hauts cadres de Bundu dia Kongo : Messieurs BASANGANA et
KUNZI, spécialement mandatés par l’Honorable NE MUANDA N’SEMI.
L’objet de ce rapport est d’éclairer l’Autorité parlementaire sur les
ressorts du conflit, ses enchaînements, précisément ce qui s’est passé le 4
et 5 janvier 2008 dans le Territoire de Seke-Banza. Il s’agit également de
tirer les enseignements du conflit et de proposer des pistes de sortie de
crise.
II. Les causes du conflit
Les adeptes de Bundu dia Kongo ont connu plusieurs problèmes avec l’Etat au
cours de ces dernières années. Sans tirer des conclusions à ce stade du
rapport, nous partons néanmoins d’un simple constat : ce conflit est
alimenté par des rumeurs qui aboutissent à une incompréhension ; laquelle
incompréhension amènent les autorités à prendre des décisions incohérentes
parce que basées sur des informations tendancieuses.
Pour ce qui s’est passé les 4 et 5 janvier 2008, deux faits sont à épingler
:
a) Secteur d’Isangila. L’Administrateur de Territoire Adjoint (ATA), en
tournée dans le Secteur accompagné d’un responsable de BDK, a initié des
rencontres avec des adeptes de cette organisation en vue d’une causerie de
pacification. Contraints de vider les lieux, parce que le responsable local
BDK qui l’accompagnait était pris à partie par ses coreligionnaires qui
l’accusaient de trahison.
Ayant fait le tour du Secteur, la nouvelle de cet incident a conduit les
autorités locales, sans être expressément menacées - par peur ou par mesure
de sauvegarde -, à se retirer de la juridiction ; fait par ailleurs qualifié
par l’ATA comme étant un abandon de poste. Toutefois, les informations
rapportées à l’échelon provincial indiqueront le début d’une rébellion des
BDK qui auraient chassé les autorités de leur poste. Dès lors, l’Autorité
Provinciale diligentera une mission de rétablissement de l’autorité de l’Etat.
Répression.
b) Vanga. Nous sommes toujours dans le Secteur d’Isangila, un fait banal
impliquant un Chef de Zikwa (paroisse) de BDK répondant au nom de NZITA,
accusé d’instituer et de lever les taxes du marché (ici l’autorité serait en
concurrence avec les BDK, s’attribuant tour à tour une rente viagère)
conduira à des arrestations des adeptes de BDK. A leur tour, les BDK
prendront en otage quelques responsables de l’administration locale.
Pour dénouer cette affaire « d’otages », l’Autorité Provinciale a dépêché
une équipe de 15 policiers sous la conduite du Colonel ODIMBA qui, à son
tour, sera retenu par les BDK. Entre temps, des concertations sont engagées
par l’Inspecteur Provincial de la Police nationale (l’IPR, le Général Raüs)
qui trouvera un arrangement avec le Chef Spirituel de BDK afin qu’il
convainque ses adeptes à laisser partir Le Colonel retenu à Vanga. Ces
concertations sont conduites à termes, lorsqu’une incompréhension de
dernière minute s’est produite.
Selon le récit de La Police, une information selon laquelle NE MUANDA NSEMI
aurait donné des injonctions de tuer tous les policiers a conduit le Colonel
ODIMBA à ordonner l’ouverture de feu. Les adeptes sont fusillés pendant que
d’autres sont écrasés par la Jeep de la Police qui cherchait à s’effrayer un
passage dans la foule. Le bilan de cette confusion étant de cinq morts : 4
adeptes de BDK et 1 Agent de l’ANR, une trentaine des blessés dont huit
gravement.
Plusieurs témoignages recueillis sur place l’indiquent et le rapport
médico-légal produit par l’infirmier … du dispensaire … confirme le fait que
tous les morts l’ont été par fusillade, y compris l’agent de l’ANR.
A Kivunza, le Chef lieu du Secteur d’Isangila, les répercussions des
événements de VANGA ont conduit à un affrontement entre les forces de
l’ordre et les adeptes de BDK. Bilan : un mort du côté des BDK. Les
policiers ont été contraints de se retirer, abandonnant le Secteur sans
force de l’ordre, ni autorité administrative.
***
La délégation conduite par les députés nationaux a rétabli l’autorité de l’Etat,
en ramenant sur place les policiers venus de Matadi pour les réinstaller à
leur poste de travail. Nous avons constaté le refus du commandant désigné de
se rendre son poste ; se fiant aux rumeurs et aux fausses informations, ce
dernier s’est rendu coupable d’incitation a la désertion de ses éléments.
L’autorité de l’Etat a pris un sérieux coup dans le Territoire de Seke-Banza.
Et, le recul de l’autorité de l’Etat est manifeste dans tout le District du
Bas-Fleuve : les Entités Territoriales Décentralisées sont sous
administrées, les forces de l’ordre ont pris congé de leurs postes,
l’autorité provinciale (en l’occurrence, Ministre de l’intérieur) est coupée
des zones où la contestation s’est développée.
III. Les enseignements livrés par cette crise
D’une manière générale, les autorités politico-administratives et policières
accusent les BDK d’anticonformisme ou de rébellion aux règles établies. Les
BDK quant a eux expliquent le refus de l’autorité établie par une
conjonction d’actes discriminatoires qu’ils subissent et qu’ils résument par
les termes de : « la misère de la souffrance et la misère de l’injustice ».
La délégation conduite par les parlementaires a pris le temps de poser le
problème du respect des institutions de l’Etat ; elle a répertorié les
revendications politiques et les attentes de BDK, avant de dispenser un
discours de paix fondé sur l’espérance d’un règlement du conflit autour
d’une « Table ronde provinciale ».
1. L’Anticonformisme des BDK et le refus de l’autorité établie
L’anticonformisme des BDK est étayé par plusieurs cas d’insubordination à
l’autorité établie. Il est ainsi des exactions commises par les BDK contre
la population, qui, de passage au Zikwa de Belveder, à Matadi, ne s’arrête
pas pendant leur salut au drapeau.
De même, les autorités reprochent au BDK d’instituer des tribunaux en lieu
et place de l’Etat, infligeant des sanctions et administrant des tortures :
l’histoire d’un trou creusé à Belveder où seraient jetés les réfractaires.
Enfin, l’autorité reproche aux BDK de les empêcher de travailler à cause de
l’insécurité qu’ils font régner sur toute l’étendue de La Province. La
preuve : il existe désormais des zones de non-droit où l’Autorité
provinciale ne sait plus s’y rendre ; perdant ainsi progressivement le
contrôle sur des vastes étendues du Territoire National.
Pour les BDK, seuls les adeptes sont assujettis à leur règlement intérieur
et donc sont amenés à saluer leur drapeau. Le drapeau n’est ni monté, ni
descendu (journellement) étant condamné directement au mat. Ce que notre
commission a constaté. De la même façon, les accusations relatives aux
tortures ont été démenties, l’existence du trou n’étant pas avéré.
La mission s’est rendue compte de l’existence d’une distribution de la
justice qui prend la forme d’une médiation, le KINZONZI organisé dans les
Zikwa de BDK, dans toutes les localités visitées. Ce qui était au départ un
dispositif disciplinaire interne au BDK, applicable aux MINKENGI, les
surveillants BDK, est devenu un recours « salutaire », pour tous les
justiciables qui ne font plus confiance aux instances judiciaires de l’Etat.
En fait nous avons observé deux phénomènes :
- C’est d’abord la population qui vient porter plainte auprès des BDK en vue
d’un arrangement à l’amiable. Ensuite, les BDK se rendent auprès des
personnes en conflit pour y accompagner les plaignants ou ramener, à leurs
Zikwa, les personnes qu’ils veulent entendre ou concilier. C’est dans cette
matière précise que l’autorité de l’Etat est en recul palpable.
La délégation conduite par les parlementaires a prodigué des conseils aux
responsables de BDK afin qu’ils évitent de se substituer aux institutions
publiques de l’Etat.
Finalement, les adeptes de BDK expliquent le recours à la violence, dénoncée
par les autorités, comme étant des actes d’auto défense contre la répression
dont ils sont victimes. Ils parlent de la rupture de confiance entre les
autorités et eux, due aux frustrations cumulées.
2. La misère de la souffrance, la misère de l’injustice.
Ce concept a été avancé par un jeune cadre de BDK, Chef de Zikwa de
Seke-Banza. Il traduit, à lui seul, la profondeur de la douleur morale,
au-delà de la peine physique, que vivent les adeptes de BDK.
Les adeptes nous ont rapportés plusieurs faits pour étayer la misère dans
laquelle ils vivent, une misère due en grande partie par l’injustice que
leur infligent les autorités.
A Seke-Banza, les Makesa nous parlent du projet d’exploitation de la
bauxite. Selon leurs informations, il est prévu que les minerais seraient
envoyés à Moanda pour leur traitement. Ils n’acceptent pas cela dans la
mesure ou le Territoire a déjà beaucoup de main d’œuvre au chômage. Ils
projettent de ce fait de s’opposer à l’exploitation.
Dans ce Territoire comme ailleurs, les BDK accusent l’autorité de
discrimination contre les BDK devant l’emploi public : ainsi l’exemple d’un
ingénieur dont la candidature a été rejetée par Le Ministre Bavuidi, à cause
de son appartenance à BDK.
Des cas de licenciement abusifs ont également été signalés.
A Matadi, un ancien employé de la RVM avait été licencié abusivement après 6
ans de service, au mépris de la législation en vigueur ; il réclamait les
indemnités de décès de sa mère qu’il avait succédé dans la boîte. Nous nous
sommes rendu à la RVM Boma et nous nous sommes rendus compte que les
indemnités en question avaient effectivement fait l’objet d’un règlement,
mais les instances locales avaient utilisé cette somme pour d’autres fins.
Ayant épuisé toutes les voies de recours à leurs dispositions, les ayants
droits ont adhéré au BDK afin de réclamer leurs droits.
A Lemba (22000 Habitants dont 9800 BDK), les responsables BDK nous ont parlé
de l’insécurité que vivent les familles des adeptes qui ne peuvent pas
s’organiser pour scolariser leurs enfants à cause de la répression dont ils
sont constamment victimes, obligés de vivre dans le qui vive.
A Mpatu, des adeptes accusent l’ANR de faire des Bulletins d’information
(BI) mensongers ; lesquels BI les mettent injustement en cause. En effet, en
tant que fonctionnaires au Ministère de l’Environnement, ils auraient
verbalisé des paysans qui coupaient illégalement du Bois dans un domaine
public. L’ANR a fait un rapport comme quoi les BDK avaient arrêté et
séquestré des paysans ; alors qu’ils n’agissaient pas en qualité d’adeptes
mais comme agents de l’Etat. Une méprise dangereuse.
Plus globalement, c’est la crise économique qui est la cause des
frustrations. Le chômage, l’absence de débouchés sont les manifestations
immédiates de cette crise qui a fini de jeter la quasi-majorité de la
jeunesse dans les rangs des BDK. Comme par ailleurs ils ont conscience que
la puissance publique n’apporte aucune solution à leurs attentes, ils
développent un déni de l’autorité établie.
Il revient d’un peu partout que les tracasseries policières, surtout celles
de l’ANR et la mauvaise distribution de la Justice… conduisent à la révolte
qui s’explose dans des actes d’érection de barrières ou d’autres types de
violence dénoncée par les autorités.
3. Les revendications politiques et attentes de BDK.
Les revendications formalisées de BDK sont d’ordre culturel, moral et
politiques ; tandis que leurs attentes sont d’ordre économique et social.
a) Revalorisation de la culture Kongo. BDK travaille pour la revalorisation
de la culture Kongo. Ce travail passe par la promotion de la langue : le
kikongo académique de préférence, enseigné par N’longi a Kongo (l’honorable
Ne Muanda Nsemi).
Ils estiment que le kikongo est en danger de disparition tant il est vrai
que le lingala est désormais parlé dans les villages au détriment de la
langue des ancêtres. Ainsi obligent-ils à tous les habitants de la Province
de parler en Kikongo. Ils s’astreignent eux même à ne parler qu’en Kikongo.
Et, malheureusement, des cas de coercitions ont été signalés. Ce que la
Délégation a reproché aux responsables de BDK.
b) Le réarmement moral Kongo. BDK n’acceptent pas les mœurs « contraire »
aux conceptions morales et valeurs qu’ils défendent. Ils sont révoltés et
sévissent contre quiconque (autorités publiques comprises) ne respecte pas
les valeurs traditionnelles Kongo : le respect, la pudeur… On nous a saisis
du cas des ATA pris en flagrant d’adultère ou des policiers qui tabassait sa
femme dévêtue en public. Ils accusent les Mingisila (non-originaires) de
rapporter ces mœurs au Kongo Central. Pour enrayer ces contre valeurs, ils
appliquent la règle interne de bastonnade appliquée à leurs Minkengi.
c) La gouvernance du Kongo Central. BDK œuvre pour l’avènement d’une
nouvelle classe politique Kongo. Ils dénoncent la corruption qui a gangrené
le choix du Gouverneur à Matadi. Ils récusent l’accès au pouvoir par la
force des armes, par la ruse ou la tricherie. Ils respectent les autorités
élues mais à condition de respecter la volonté du peuple souverain. Enfin,
ils attendent l’organisation d’une Table ronde provinciale pour régler le
conflit de légitimité, cause de l’instabilité des institutions provinciales.
d) Les attentes économiques et sociales. Sur le plan économique et social,
ils estiment que seule l’entente de tous les fils et filles de la province
permettra la mise sur pied d’un programme économique salutaire pour la
province. Ils réclament des réparations pour les brimades, la répression,
les blessures, les morts et les dommages matériels subis depuis 2002 pour la
défense de la liberté, de l’état de droits et des intérêts des populations
du Kongo central.
IV. La pacification, versus Luozi
Mardi 22 janvier 2008. Nous rendons compte de notre mission à l’autorité
provinciale, à Matadi. Devant l’ampleur des problèmes et le recul constant
de l’autorité de l’Etat, le Conseil de sécurité provincial a décidé, compte
tenu des informations alarmantes qui lui sont parvenues, de solliciter à
l’Assemblée nationale, une prolongation de la mission afin que nous allions
apporter le message de pacification dans le Territoire de Luozi.
Après avoir effectué un bref séjour à Kinshasa où la mission allait être
prolongée par le 2ème Vice-président de l’Assemblée Nationale, l’honorable
Mvuama ANEDU, nous serons de retour à Matadi le 26 janvier 2008.
Le 27 janvier à 9 heures, nous avions entamé une nouvelle tournée par le sud
du Territoire de Luozi où des incidents avaient été signalés. Au total, nous
aurons parcouru 4 secteurs sur 10 que compte le Territoire : Kinkenge,
Mbanza Muembe, Mbanza Mona, Kingoyi, la Cité de Luozi.
Le constat général est que, dans le sud du Territoire parcouru, comme dans
un prolongement de l’Hinterland de Seke-Banza, l’Etat a cessé d’exister. Il
fallait atteindre le chef lieu du territoire pour rencontrer les vestiges de
la puissance publique. Cet abandon de souveraineté nous a conduit à prendre
des positions fermes en vue du retour de l’Etat dans ses attributs comme
dans ses prérogatives, notamment dans les localités de Ndomba, Kimwaka,
Kinkenge, Tangala et Kibunzi.
La tournée s’est terminée à la Cité de Luozi où la Délégation a eu des
entretiens avec les membres du Conseil de sécurité territorial, la société
civile (notabilité) et la population.
1. Du constat général sur l’abandon de souveraineté
La tournée effectuée dans le Bas-fleuve avait montré à la fois le recul de
l’Etat, attesté par tant de faiblesses et manquements, et l’enracinement du
mouvement BDK.
A Luozi, c’est l’Etat lui-même qui a abdiqué. La peur de la violence,
supposée (trop des rumeurs) ou réelle de BDK, ne permet pas de rendre compte
d’un tel abandon ; faisant que, la population elle-même réclame tantôt le
retrait d’un responsable (Chef de secteur de Mbanza Mona, Chef de poste de
l’ANR de Luozi ; tantôt elle manifeste un refus catégorique de l’autorité
établie : contre les amendes exorbitantes ou pour interdire aux policiers de
se mettre en tenue (notamment à Kibunzi…).
Ce refus de l’autorité, justifié par les brimades et frustrations,
s’apparente à de « la désobéissance civile ». Dans ces conditions, BDK
trouve ici les terreaux de son développement car il se met en pointe de la
lutte pour la défense des intérêts du peuple. Pour preuve, c’est la
population elle-même qui porte ses affaires aux BDK afin de se faire
justice.
L’absence de l’Etat se caractérise par tant d’autres manifestations. Ainsi,
de Ndomba à Kibunzi, il nous a fallu parcourir plus de 150 km avant de
rencontrer 2 policiers : ceux-là même à qui la population de Kibunzi a
interdit le port d’uniforme. C’est 100 km plus loin que nous retrouverons 5
policiers en tenue au chef lieu de secteur de Mbanza Mona.
Le manque criant des effectifs et le sous équipement de la police (pas de
matériel de transmission, pas de moyen de déplacement…) achève de nous
convaincre de l’inefficacité des services sur lesquels repose le maintien de
l’ordre dans cette partie de la province. Il est ainsi de La DGM et de L’ANR
qui emploient des agents non mécanisés, sous payés ou impayés depuis des
lustres. Ces derniers sont naturellement condamnés à rançonner la population
pour survivre. De ce fait, ils alimentent le ressentiment et le cycle
infernal de la violence.
L’absence de l’Etat se traduit par la confusion dans le rôle que les
services sont appelés à jouer. En concurrence constante avec les BDK, L’ANR
interpelle, juge et fait payer des amendes. La Police fait pareil. Quand
elle est en droit de verbaliser, elle ne respecte pas les barèmes et ne
délivre aucune quittance. La population sait pertinemment bien que les
pénalités financières qu’elle encoure terminent dans la poche des policiers.
Les tribunaux sont inexistants : un seul magistrat pour l’ensemble du
Territoire de Luozi, des affaires qui mettent 10 à 15 ans sans résolution,
des amendes qui dépassent le revenu annuel des paysans…. Toutes ces
récriminations alimentent une révolte latente que tente de canaliser les BDK.
Partout où l’autorité a cédé la place, BDK s’est installé : institution des
barrières règlement de conflits, établissement de pénalités… Bref, la loi du
Talion et le règne de la chicotte. Vulnérable, le pouvoir au Kongo central
rend de ce fait le Territoire national perméable à toute agression
extérieure. Plutôt que l’insécurité intérieure, c’est de notre point de vue,
le danger le plus à craindre.
2. L’Affaiblissement de l’autorité de l’Etat : faits saillants de Ndomba à
Kibunzi.
NDOMBA, le 27 janvier 2008 à 18 heures. Les Minkengi ont érigé une barrière
que nous avons enlevé aussitôt arrivée. C’est une barrière de pluie de la
société CTB qui est passée sous leur contrôle. Quelques heures avant notre
passage, des touristes auraient été inquiétés à cet endroit. Cette nouvelle
non confirmée, sera démentie par les adeptes et le chef de centre de cette
cite devant la population.
Un préposé à l’Etat civil avait été condamné par les BDK à 72 coups de
fouet, plus 6000 FC d’amendes et au paiement de 31800 FC de salaire dus aux
Cantonniers travaillant pour CTB, à la suite d’une plainte. La délégation a
remboursé cette somme.
Un agent de L’ANR, accusé de tracasseries le jour du marché, a été obligé de
rouler par terre… Trois policiers affectés à la Cité de Ndomba ont abandonné
leur poste ; des rumeurs d’agression ayant circulé contre leur présence dans
la Cité.
La Délégation a moralisé les adeptes sur la nécessité de ne pas s’interférer
aux affaires de l’Etat, de ne pas instituer de tribunal, et de bannir la
pratique des chicottes rappelant le fait que les fondateurs du Kongo Central
avaient demandé l’indépendance contre les chicottes des colons… Nous avons
par ailleurs rendu la barrière à la CTB et avons annoncé le retour dans un
bref délai de la police. Nous avons exhorté les adeptes d’arrêter la
violence et d’attendre la Table ronde du Kongo Central pour formuler leurs
revendications politiques.
KIMUAKA. Le scénario de la barrière s’est renouvelé à Kimuaka. Les jeunes
expliquent l’érection des barrières par le fait qu’ils étaient à la
recherche des policiers et des soldats qui auraient été envoyés pour les
réprimer. En effet, quelques jours plutôt les adeptes avaient molesté le
Curé de Kimuaka. Ils s’attendaient donc à ce qu’il y ait de représailles.
L’Abbé était accusé par les BDK d’attiser les conflits dans le village en
formulant des fausses accusations contre les BDK.
Le Curé était également impliqué dans des conflits fonciers : interdictions
aux BDK d’ériger un marché sur des terres dont il dispute la propriété à un
« Ayant droit » de confession protestante, soutenu par les BDK. Selon le
Curé, cet « ayant droit » a construit son Centre médical sur les terres de
l’église. Les paysans parlent d’une jalousie due à la concurrence ; les
protestants ont érigé des infrastructures (écoles, internat, centre médical,
habitations) qui font pâlir le curé d’envie.
Jugé par les BDK pour toutes ses imputations, le Clergé a été condamné puis
bastonné en public : 105 coups de fouets. Cette scène a scandalisé les
croyants et, l’église s’est trouvée dans l’obligation morale de retirer le
Curé du Village. Curieusement, la population a applaudit le départ du Curé,
qu’ils jugeaient trop hautain d’ailleurs, cet acte a été condamné par
l’Honorable NEMUANDA SEMI et les responsables BDK ont été suspendus.
La rencontre avec les habitants de Kimuaka a eu lieu au sein de l’église
Catholique et a rassemblé plus de 300 personnes. Des conseils ont été
prodigués, le message de paix et de réconciliation a été bien accueilli.
KINKENGI, 28 janvier 2008. Nous sommes arrivés à Kinkengi à 17h et avons
directement entamé la causerie avec la population. Nous avions appris que
c’est de cette localité, chef-lieu du Secteur, que provenaient les bandes
des BDK qui font la ronde du Secteur.
Sur place, nous apprendrons que le Chef de poste de la DGM ainsi qu’un de
ses agents était séquestré à Mazinga. Ils ont été fouettés. Les adeptes
leurs reprochent de tracasser leurs frères de Brazzaville à la traversée de
la frontière. On apprendra également que les faux imprimés de valeur de la
DGM circulent dans la Contrée.
Nous avons livré le message de paix et l’envoyé de N’Longi A Kongo a dépêché
une équipe des gens pour se rendre à Mazinga.
TANGALA, 29 janvier 2008. Nous avons trouvé une résistance ouverte à Tangala,
les Minkengi n’acceptant pas que l’on vienne battre en brèche les positions
de pouvoir qu’ils y détiennent. A notre arrivée, une affaire de sorcellerie
y était instruite. Les Minkengi sont allés arrêter l’oncle paternel d’un
malade afin de faire le Kinzonzi.
Nous apprendrons par le Duki (Chef du village) que son autorité était remise
en cause par les Makesa, qu’il avait été chicoté et que les Makesa font la
loi au village. Ces derniers nous ont parlé de leurs frustrations, de la
prise en charge du village, des bévues du Duki, de leur combat pour la
protection des terres et des biens des Kongo, finalement des injustices
contre lesquelles ils sont mobilisés : « ils préféreraient se délocaliser
(immigrer) au Congo Brazzaville plutôt que de continuer à subir les
injustices devant l’emploi, la Police, les tribunaux et les tracasseries de
l’ANR ».
Avant de quitter Tangala, nous avons annoncé le retour de la police et avons
affirmé notre détermination à combattre les injustices. A la suite de
l’exhortation d’un notable, ancien de l’Air Zaïre qui a connu l’Europe, nous
avons invité les jeunes au respect des institutions et de l’Autorité.
Nous avons parlé de La Table ronde du Kongo Central, des possibilités de
développement des Secteurs avec la réforme de la décentralisation. Evoquant
le débat Budgétaire au Parlement, nous avons rappelé le combat que nous
menons avec l’Honorable Ne Muanda Nsemi afin que la Province ait plus des
moyens… Ainsi, nous leur avons persuadé d’envisager les perspectives pour
l’emploi des jeunes ; mais qu’il fallait absolument que la paix et la
concorde reviennent.
Nous avons interdit la chicotte et avons conseillé de travailler avec le
Duki, de l’aider, de lui soumettre les litiges qui sont portés à leurs Zikwa
pour un dénouement… Sur place, une autre affaire de mœurs, une plainte
venait d’être porté pour jugement auprès de Minkengi. Nous avons promis le
passage du Député de Luozi, Ne Muanda Nsemi, avant la tenue de La Table
ronde et nous avons insisté sur la nécessité d’arrêter avec les rumeurs d’un
côté comme de l’autre.
KIBUNZI. Comme à Kinkengi, le chef lieu du Secteur de Mbanza Muembé est très
enclavé : route impraticable, aucun réseau de communication… On y parle plus
de ce qui s’est passé à Zela où le commandant S/CIAT a été molesté et blessé
par les BDK. Cependant, à Kibunzi même aucun incident n’est à signaler avec
les adeptes. Au contraire, la population elle-même est plus en pointe des
revendications que les BDK. Ils ne veulent pas y voir des policiers et,
faute de pouvoir les chasser, ils ont interdit aux policiers le port de
l’uniforme.
Le chef de Groupement, une brave femme, se plaint de ne plus avoir à régler
des litiges : dès qu’un conflit est signalé, La Police et l’ANR se
précipitent pour juger, taxer et rançonner la population. Désormais,
celle-ci exprime ouvertement son ras-le-bol. On parle même des chamailleries
entre époux qui font l’objet des arrestations.
La population de Kibunzi a demandé à la Délégation de repartir avec les
policiers, de faire cesser les tracasseries et de faire le nécessaire afin
que l’Honorable Ne Muanda N’semi soit autorisé de se rendre dans le Manianga
; ils se disent « orphelins » de leur Député national.
Le message de paix apporté par La Délégation n’a trouvé aucune opposition.
Les BDK sont heureux d’envisager la fin de leur isolement, de la crainte de
la répression.
LUOZI, chef lieu de Territoire. Plus on s’approchait du chef lieu du
Territoire, plus la situation - du point de vue de l’Etat de droit -,
revenait à la normale. Nous nous sommes arrêtés dans plusieurs localités,
notamment à Mbanza Mona, chef lieu de Secteur à 25 km de Luozi. Le Chef de
Secteur ainsi que 5 policiers nous y ont reçu. Une causerie cordiale a eu
lieu et une adresse spécifique a été faite aux Makesa tandis qu’un exposé
sur la décentralisation a suscité beaucoup d’espérance.
Nous sommes arrivés à Luozi à 14h. Nous avons visité l’Université Libre de
Luozi en fin d’après midi. Le 30 janvier 2008, après avoir effectué le tour
de la Cité (nous sommes passés au Zikwa de BDK, au Marché des femmes), nous
assisterons au Conseil de sécurité du Territoire à 11heures.
Nous y avons expliqué les objectifs poursuivis par notre mission et avons
fait un rapport détaillé de l’état du territoire que nous venions de
parcourir. Ce fut une confirmation de ce que le Conseil de sécurité savait
déjà. Nous avons formulé les critiques sur les tracasseries. Ce dont ils ont
reconnu. En guise d’explication, nous apprendrons que seul le Chef de poste
de l’ANR était mécanisé, les autres agents vivaient bien des tracasseries,
le Territoire est sous équipé, les effectifs (dans la Police comme dans le
secteur de la Justice…) étaient très inférieurs. Ceci explique la difficulté
qu’ils auraient de contrôler tout l’espace constituant leur juridiction.
L’autorité administrative nous parle des accès de violence de BDK malgré la
politique de dialogue instaurée par l’Administrateur de Territoire. On nous
parle de 2 Makesa meneurs irréductibles qui causent la désolation dans le
Secteur de Kinkengi au mépris des consignes de leur propre hiérarchie.
Au sortir du Conseil de sécurité, nous avons rencontré la notabilité
(société civile) qui nous exhorte afin que l’on trouve une solution à
l’enclavement du Luozi : de la réhabilitation des Bacs à la Radio qu’il faut
approvisionner en carburant, de la route à refaire à l’électricité qui
manque, la notabilité a exprimé leur impatience sur le sous emploi qui ronge
le Territoire. Elle réclame en outre la couverture complète du réseau de
communication, absente dans l’hinterland. Elle nous prévient de s’attendre
au pire si dans les mois à venir la solution n’est pas trouvée.
Nous avons ensuite tenu un Meeting populaire au Marché central de Luozi
(plus de 600 personnes). Curieusement ce sont les Minkengi qui assureront la
sécurité du meeting de la Délégation et des autorités du Conseil de sécurité
Territorial.
Nous avons eu beaucoup d’interrogations et d’interpellations sur les
tracasseries. Au cours du débat, les orateurs exigent que la Délégation
ramène dans ses bagages le chef de poste ANR, devenu persona non grata, la
cause de leurs malheurs (faux rapports conduisant à des tueries). L’AT est
accepté et respecté pour son approche de dialogue.
Les cas d’injustices aux nominations en faveur des Mingisila (étrangers)
sont évoqués. On reparle des tracasseries aux frontières, de la persécution
du Député Ne Muanda N’semi qu’on empêche de se rendre en vacances
parlementaires… de la tricherie aux élections de Gouverneurs à Matadi, de la
Table ronde attendue par toute la population de Luozi pour réparer les
injustices qu’ils subissent jour après jour.
La Délégation a réitéré le message de paix véhiculé dans le Territoire, elle
réaffirmée l’urgence de la Table ronde et la nécessité d’un climat de paix
avant d’y parvenir. Elle a insisté sur la nécessité de rétablir l’Etat dans
ses droits, l’importance de la Police et des Services surtout dans le
contexte frontalier.
V. Les recommandations
Un nouvel espoir : La Table ronde du Kongo Central
1. L’organisation d’une Table Ronde sur la paix, la sécurité et le
développement au Kongo Central ;
2. L’implication des Institutions politiques (Présidence, Sénat, Assemblée
Nationale, Gouvernement, etc.) et les bailleurs des fonds dans la mise en
marche dudit projet salutaire ;
3. La socialisation des adeptes de Bundu dia Kongo (les Makesa, les Minkengi…)
dans les travaux communautaires de développement ;
4. La restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue de la
province du Kongo Central avec ses 10 territoires éparpillés dans 3
districts (Bas Fleuve, Cataractes et Lukaya) ;
5. L’équipement de la Police Nationale avec du matériel des transports, de
communication et des pièces anti-émeutes (casques, boucliers, gourdins, gaz
lacrymogènes, bottes…) pour assurer l’ordre et la discipline au sein de la
population;
6. Le déploiement des Fardc aux frontières avec la DGM, l’ANR pour assurer
la sécurité du territoire national face à une éventuelle agression
extérieure ;
7. La réactivation de la chambre provinciale de commerce, d’industrie et
d’artisanat pour attirer les investisseurs nationaux et internationaux ;
8. L’élaboration d’un Plan de redressement économique triennal (2008-2010)
du Kongo Central à soumettre aux gouvernements provincial et central en vue
de la reconstruction et le développement du Sud-Ouest de la RD. Congo et ses
voisins ;
9. La réhabilitation des infrastructures de base (écoles, églises, temples,
hôpitaux, routes, ponts, bacs, stades, fermes, ateliers…) :
10. La résorption du chômage de la jeunesse par l’investissement des
micro-projets par la coopération bilatérale et décentralisée (CTB, MFCAC,
USAID, DFID, NIZA, GTZ, GRET, OIF…) ;
11. La lutte contre les érosions (Cas de la cité de Moanda où 650 maisons
ont été englouties en 2006 et la destruction de l’écosystème du littoral
maritime par les compagnies pétrolières…) ;
12. La mise en valeur des richesses naturelles de la province : bauxite de
Seke-Banza, pétrole du plateau continental (375 km au large), gypse de
Kasangulu, diamant de Luzumu, mercure de Kisantu, Ciment de Kimpese et
Lukala, schistes de Luila, crocodile de Luozi…) ;
13. L’enseignement de la langue kikongo au niveau primaire et des langues
nationales au niveau secondaire suivant les résolutions de la Conférence
nationale souveraine de 1991-0992 ;
Ainsi fait à Luozi, le 08/02/2008
Pour la Mission
Membre Président
Ruffin MPAKA-MAWETE et Jean-Claude VUEMBA LUZAMBA
Député National Député National