i Ne-Kongo                                Edition de Septembre 2005

 

 

LONGO : INSTITUTION FONDAMENTALE DANS LA CULTURE KONGO

 

 (Par Mfuka Banzuzi Albert <abanzuzi@yahoo.fr>)

 

 

 

1. INTRODUCTION

 

A l’instar de bien d’autres cultures et civilisations de par le monde, le mariage en tant qu’institution occupe une place centrale dans la civilisation kongo.

 

Comme la société hébraïque de l’époque biblique, la société kongo est organisée en clans (mvila) : douze au total. Chaque clan est subdivisé en familles ou  makânda (singulier kânda). Kânda réunit toutes les femmes et tous les hommes, vivants et morts, selon une filiation utérine : chez les Kongo, les kânda sont régies par le système matriarcal. L’individu fait donc partie intégrante de la famille de sa mère. Mais les homes et les femmes jouissent également des droits et prérogatives et ont des obligations et des devoirs vis-à-vis de la kânda de leur père, même s’il peut arriver que ces droits et prérogatives, ces obligations et devoirs  se relâchent peu à peu et s’évanouissent souvent après la disparition du père géniteur. Il est vrai que les évolutions actuelles, notamment l’urbanisation de la vie sociale, tendent à inverser les rapports familiaux, les enfants étant de plus en plus attachés à leur père. Mais cette inversion demeure temporaire, et ne dure souvent que le temps de la vie du père.

 

Au cours des migrations qui ont suivi la bataille de Mbuila, les clans ont essaimé et ont occupé progressivement les régions du cours inférieur du Nzadi a Kôngo (fleuve Kongo), jusqu’aux frontières du royaume teke, qu’ils ont repoussé petit à petit vers le nord. Le peuple kongo est aujourd’hui sédentarisé sur un espace limité au sud par la rivière Kuânza, au nord par la rivière Luini et les limites Nord des Punu (qui sont totalement kongo), à l’Est par la rivière Kuangu (on notera que les populations comprises entre les rivières Kuangu et Kasaï à l’est revendiquent leur appartenance à Kongo), au sud et au sud-est par les régions mbundu et malanzi du centre-sud de l’Angola, et l’ouest par l’Océan Atlantique.

 

2. LONGO

 

Sur l’ensemble de l’espace-vie kongo, le matriarcat est le fondement du système social. L’institution du longo y couvre la même réalité, revêt la même forme, à quelques variantes locales ou régionales près.

 

2.1. LONGO : ESSAI DE DEFINITION

 

Fondamentalement, le lôngo apparaît à la fois comme l’union des deux personnes : une femme et un homme (les makangu ou les fiancés), et comme l’alliance (kinkuêzi) de quatre familles, les deux de la femme et les deux de l’homme. Le longo est par conséquent l’institution sociale qui, chez les Kongo, permet  de négocier et de sceller une union maritale d’une part, de conclure une alliance entre quatre kânda d’autre part. Et au-delà des kânda, la relation d’alliance s’étend aux clans . Cette dernière fonction est capitale pour la paix sociale : au Kongo, on ne se combat pas entre nkuêzi, entre clans alliés! Ils sont nombreux, les contes et légendes qui racontent comment des conflits graves, des guerres même, ont pu être évités du fait de la découverte, souvent de justesse,  des relations d’alliance entre kânda, entre clans belligérants.

 

2.2. LONGO : ORIGINE

 

Dans le subconscient collectif kongo, une assertion de taille subsiste, latente mais bien réelle. A certains moments de notre histoire, elle a permis des réveils  spirituels et sociaux extraordinaires qui ont donné naissance aux mouvements messianiques. Cette assertion ? Les Kongo seraient partie intégrante du peuple hébreu biblique. De fait, nous avons dit plus haut que la société kongo était organisée en douze clans, comme la société hébraïque biblique. Il faut bien se rendre à l’évidence que le longo chez les Kongo est une institution sociale très proche du mariage chez les Hébreux bibliques, dans son essence et dans sa forme. En effet, l’Eternel ordonna aux Hébreux : « Si tu veux épouser une femme, va rencontrer le père de la femme, et donne-lui ce qu’il te demandera ». L’institution du longo chez les Kongo est conforme à cette ordonnance. De fait, si l’on veut épouser une femme, la famille de l’homme consulte le père ou l’oncle maternel de la femme ou leur représentant (selon que la résidence de la fiancée est patri ou avunculocale, et, en cas d’accord, l’homme donne à la famille du père, puis de la mère de la femme, les éléments constitutifs de ce qui est appelé la dot. En conséquence, pour les Hébreux comme pour les Kôngo, la seule forme à la fois sacrée et juridique de mariage, obligatoire et suffisante, requise par l’ordre social, est celle célébrée sous cette procédure, le consentement des deux familles paternelle et maternelle et par conséquent la bénédiction divine, en constituant l’élément fondamental.

 

2.3. LONGO : ASPECTS JURIDIQUES

La conclusion du Longo ou mariage chez les Kôngo, comporte une procédure qui peut se poursuivre sur des mois. Mais une fois conclue, l’union entre les époux prend force de loi pour tous. Toute la procédure est publique : outre les parents, tous les habitants du village et des villages environnants peuvent y prendre part. Tous partagent les éléments de la dot prévus à cet effet : panza (ditribus à tous) et makanga (destiné à publier  l’accord, notamment à ceux venus de loin).

 

2.4. ASPECTS ECONOMIQUES

Contrairement à ce que l’on pense trop souvent, la dot 1, c’est-à-dire l’ensemble des éléments demandés par les familles de la femme, ne sont pas destinés à enrichir ces familles. Chacun de ces éléments renvoie d’abord et avant tout à un symbole. L’aspect économique du longo se situe ailleurs.

 

En effet, en concluant le lôngo, la famille (surtout la famille maternelle) de la femme élargit significativement son espace de travail. En effet, par l’une de ses membres, elle accède à de nouvelles terres agricoles : celles de la famille du mari. Ici, il faut bien comprendre une réalité économique : chez les Kongo, l’épouse ne travaille pas et n’accumule pas des biens pour son mari ; elle a seulement l’obligation de garantir en partie l’alimentation du ménage. L’essentiel des bien accumulés par l’épouse est amené en dépôt chez l’ancien qui assume la fonction de chef de famille (l’oncle, le frère ou tout autre parent). Plus une famille marie ses filles, plus elle a des chances d’accumuler une grande quantité des biens. Cette accumulation de biens est l’un des éléments constitutifs de la grandeur, de l’honneur et du prestige de la famille. Cette grandeur, cet honneur et ce prestige s’exprimeront périodiquement lors des grands événements sociaux : deuils, malaki, le malaki étant le moment par excellence de destruction ostensible des biens accumulés par la famille au cours du temps.

 

L’élargissement des terres cultivables vaut également pour la famille du mari qui, du fait de la relation d’alliance, et par réciprocité,  peut accéder aux terres de la famille de sa femme.

 

2.5. ASPECTS SOCIAUX

Comme il a été dit ci-dessus, le longo permet de sceller, outre l’union entre makangu, une alliance indestructible entre clans, surtout si de l’union des makangu naissent des enfants. Cette alliance ou kinkuêzi est garante de la stabilité des couples et de la paix sociale dans la mesure où elle réduit l’aggravation des querelles et des conflits nés du longo ou de la vie sociale en général.

 

Le longo est d’autant réussi si des enfants naissent de l’union, c’est-à-dire si la fonction de reproduction est assurée. L’aspect reproduction est naturellement primordial : la famille s’agrandit par les enfants nés des femmes.

 

Pour bien marquer que le longo n’est absolument pas une « vente » des femmes à leurs maris du fait du paiement de la dot, et que la femme n’appartiendra jamais à la famille de son mari, le verbe souvent utilisé pour le longo est sompa, concurremment à kuêdisa.

 

3. CEREMONIE

Sur l’ensemble de l’espace-vie kôngo, le lôngo obéit totalement à la même logique, au même cérémonial, au cours duquel un personnage joue le rôle de négociateur : le nzônzi ou mpovi. Cependant, entre les différentes régions kôngo, et souvent au sein d’une même région, des variantes peuvent apparaître. La diversité de ces variantes nous amène à envisager une étude spécifique, qui sera publiée prochainement.

 

4. CONCLUSION

A travers l’union de deux individus, le longo chez les Kongo apparaît à la fois comme une règle de droit positif, comme un instrument économique du fait de l’élargissement de l’espace cultural, et aussi comme un instrument de paix sociale. Des travers sont apparus avec le temps. Ils se multiplient d’autant plus facilement qu’aucun instrument de pouvoir propre aux Kongo ne permet de codifier l’institution aux fins d’en homogénéiser le fonctionnement dans l’ensemble de l’espace-vie kongo.

 

1  La dot (ngiênde, mboka za lôngo…) ne se limite pas seulement à sa composante liquide : elle est constituée de l’ensemble des éléments liquides et en nature prévue dans la liste adressée à la famille du fiancée quelque temps avant la date prévue de la cérémonie. La transmission de cette liste à la famille du fiancé est une phase importante de la procédure du lôngo

 

 

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