i Ne-Kongo                                     Edition d’Octobre 2005

 

 

Mythique rencontre Sporting Club CizaGwagwa, une grenouille ngungoise voulut se faire aussi grosse que le bœuf cimentier de Lukala.

 Par Pascal Mieluzeyi de Montrél (Canada)

 

 

 

Les échos nous parvenus après publication de l’article, la fabuleuse histoire de Cilu, sur Ne-kongo.net, nous ont encouragés à vous faire revivre certaines de vos nostalgies, comme la grande rencontre qui opposa à Lukala, le bouillant FC Gwagwa de Mbanza Ngungu au Sporting Club Ciza (actuellement dénommé Cilu), en match comptant pour la qualification, au niveau sous-régional, à la phase provinciale du Challenge Papa Kalala. Nous vous en avions soufflé quelques mots dans l’article précédent, mais ce match presque mythique mérite bien un article plus détaillé. Mythique parce qu’il s’agissait de la rencontre entre une grenouille ngungoise qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf cimentier de Lukala, mais une grenouille qui ne manquait pas de talents au point de passer tout prêt de surprendre le bœuf.

 

D’abord il faut avertir les amateurs de nouvelles sportives que le Goma du Bascongo par la douceur de son climat, Mbanza Ngungu, la capitale du district des Cataractes, était dotée d’un stade, le stade Kitemoko. Son géniteur, Kitemoko Mambu Manza Matshombe, comble de l’ironie, était un citoyen de Lukala et député au parlement MPRien (mono-partite ou mobutiste) à Kinshasa. Ce stade, avec un peu moins de places, n’avait pas grand chose à envier à celui du 20 mai de Kinshasa (Stade Tata Raphaël), le temple du football zaïrois de l’époque. Il était donc de loin meilleur que celui de Lukala qui n’avait des gradins qu’à la tribune latérale et centrale tandis que sur le pourtour, les supporteurs s’entassaient debout (rien a changé à date, et dire que presque tout dans ce pays a été construit ou ce construit avec le ciment de Lukala). Malheur aux personnes de petite taille qui n’entraient pas plutôt au stade les jours des grandes rencontres attirant des supporters de Kimpese, IME, Kuilu Ngongo et Mbanza Ngungu sans parler des villages environnant comme Kimiala, Tumba vata et Mission, Kilueka 1, 2, 3, Lombo, Ndembo, Kinanga, Kilueka, Ngombuta, Boko

 

Malgré son manque de confort par rapport à celui de Mbanza Ngungu, le stade de Lukala rentabilisait ses matchs. Intègres, les sportifs lukalois payaient leurs entrées au stade. Ce n’était pas le cas à Mbanza Ngungu. Siège des institutions politico-administratives du district des Cataractes, de la ville et du secteur (collectivité) de même nom, domicile de l’école de formation des troupes blindées (EFTBL) entraînées par les Français, grands soutiens du régime dictatorial de Mobutu, et de la plus grande base militaire provinciale, Mbanza Ngungu était donc une ville des fonctionnaires et des militaires. Cette race des professionnels, sous le mobutisme, faute de n’être pas bien payés, s’octroyait des laisser-passer partout, parfois même baïonnette ou fusil à la main. Une grande partie des supporteurs qui remplissaient le stade de Mbanza Ngungu entraient sans payer. Pour prendre ces malins au dépourvu, les deux grandes équipes locales préféraient jouer et leur match aller et retour ailleurs que dans leur ville lorsqu’elles voulaient en voir les retombées en billets de zaïre monnaie.

 

Ainsi donc, Gwagwa décida de livrer le match aller et retour contre le Sporting Club Ciza à Lukala. Erreur fatale. Elle aurait du se rappeler l’histoire de la rencontre CizaCinat, rencontre qui entraîna même la dislocation de l’équipe de Kimpese. Mais les Ngungois si orgueilleux de leur bel atours de citoyens d’une grande ville (la troisième de la province après Matadi et Boma; première du District, traitaient les lukalois en pure villageois qu’ils avaient la mission divine de civiliser, presque comme les kinois, même bornés, traitent tous les gens des provinces pourtant plus éduqués qu’eux). Et à consulter les statistiques sportives de la province, quel club, excepté la Sucrière, pouvait se targuer de se mesurer réellement au Sporting Club Ciza dans les Cataractes? Aucun, mais une grenouille qui croit qu’en s’enflant elle peut dépasser la taille d’un bœuf, il faut la laisser s’éclater pour que ses consœurs Diable Rouge, Lufutoto, Zaïre Sep se rendent comptent à quoi s’en tenir.

 

Au match aller, les Ngungois débarquèrent à Lukala avec plus de trois grand véhicules chargés de grappes de supporteurs arrimés jusqu’au dessus des carrosseries telles des mouches quand ils ne se tenaient pas sur les bords des pare chocs ou des gardes boue. Chargés à craquer ainsi, Dieu seul sait comment ces véhicules avaient réussi à descendre le Mont Nzenze sans que la Kisimbi bouffeuse d’âmes qui y résidaient ne les aient aperçus pour se faire un vrai régal et même une provision pour 3 ou 5 ans.

 

Le match proprement dit fut équilibré. Les ngungois prouvèrent qu’ils avaient des joueurs talentueux; tel Mondo Sol, pratiquement un clone de Mobati à l’époque fort du Bilima de Santos et Mayele. Cet élier gauche donna du fil à retordre à la défense des cimentiers et obligea souvent le gardien Debaba Angilé Mongalume à démontrer sa réputation de Roi des parades. En avant centre de la formation Gwagwa, la plus jeune recrue de l’équipe, Tu Seras, de son surnom, avec sa petite tête ronde comme un ballon de football, avec des cheveux courts, crépus, presque comptables, qui ne voyaient certainement pas passer de peigne sauf si ce n’était pas une recommandation du féticheur du club en prévision du match, fut la révélation du match. A plusieurs reprises, il faillit assommer le portier lukalois de ses percutants tirs droits, de vrais missiles qui mouillèrent les lukalois de sueur froide. A la fin du match, les cimentiers durent remercier les maîtres des esprits, premiers défenseurs de la cité et son équipe chérie pour leur avoir permis de faire match nul. Mais on avait été tenu en échec sur notre stade, car le stade était considéré celui de la Ciza. Au retour il allait être celui de Gwagwa. En cas de match nul avec but marqué, qu’importait le nombre, la Ciza serait éliminé et Gwagwa partait représenter la Sous-région au niveau provincial. Une première, certes! C’est presque comme si le Cameroun ou le Nigeria était absent à la phase finale de la coupe d’Afrique des nations. Seigneur! Les Ngungois repartirent enflés, prêts à éclater, promettant la victoire sur les villageois de Lukala.

 

Des injures que ne digérèrent pas le grand maître Zebe et son équipe chargé de la défense et de la protection de la dimension mystique de l’équipe. Les communicateurs entre le monde des humains et l’autre monde eurent deux semaines pour convaincre les ancêtres de permettre la victoire de la Ciza lors de la rencontre de toutes les vérités.

 

Enfin arriva le grand jour, un dimanche ensoleillé. Les ngungois débarquèrent avec plus de cinq véhicules, encore plus entassés qu’au match aller, de vraies ruches. Les plus fortunés avaient voyagés par taxi bus de peur de ne rester pour de bon aux pieds du mon Nzenze, chez la Kisimbi bien crainte par les usagers de la route Matadi-Kinshasa. Ce n’est surtout pas le chauffeur de Transmac, le gros Pascal, qui dirait le contraire.

 

Pour mieux apeurer les villageois lukalois, ils amenèrent quelques commandos de la base militaire en tenue de para commando, cordelette et baïonnette à la ceinture. Il ne leur manqua que les fusils. De nouveau les kimpesois affluèrent, comme invités par les Ngungois, pour venir assister à la mise à mort du bourreau de leur défunte Cinat. Une ambiance électriquement dominée par les étrangers fit presque passer inaudible les piaillements de la célèbre fanfare du grand maître Fula Mapasa (pour ceux qui le connaissent, il est toujours à la direction de la fanfare de la Ciza, un record de longévité traduisant une vraie passion) au moment de chanter l’hymne national. Et juste après la Zaïroise, avec son lance voix, le célèbre reporter sans radio, ni formation journalistique, Radio Kutu, Raimond Masala de son vrai nom, n’arriva pas à soulever de rires du public lukalois d’habitude friand d’entendre cette voie qui rassurait toujours sur l’issu du match, car toujours au parfum des prévisions du labo du grand maître Zebe et son équipe.

 

Dès le coup d’envoi, Gwagwa donna le rythme à la rencontre. Un rythme impressionnant, faisant haleter les joueurs du Sporting club Ciza au bout du premier quart d’heure. Du côté animation, la conspiration du mal réunissant les supporteurs venus de Mbanza Ngungu, de Kimpese et ceux même de Lukala qui passaient pour fans de la Zaïre Sep rugissant de partout, excella en chants et applaudissements que la minorité du jour, les fans de la Ciza durent se résoudre à regarder simplement, rabattant leur caquets pour ne pas dépenser inutilement leur énergie et attendant un quelconque secours de l’autre monde. Certains animistes jusqu’aux ongles, croisaient et décroisaient leurs doigts, d’autres tenaient fortement leurs bourses à chaque attaque des terribles et motivés jeunes de Gwagwa qui se sentaient bien au bord de l’exploit. 

 

Il faut noter que les joueurs du Sporting avaient le dos tourné vers la route Matadi-Kinshasa. Pendant que Gwagwa menaçait ainsi, juste derrière le filet du gardien Angile, dans le prolongement de poteau droit il se passait quelque chose de bizarre, digne d’être signalée pour ne pas manquer d’objectivité. Les experts stratèges de Gwagwa y avaient planté une sorte de mort, en fin une personne du type somalien, très grand de taille (entre 1,95 et 2,10 m), mince comme s’il ne mangeait qu’une fois tous les trois jours, le profil idéal pour les magazines d’assistance humanitaire occidentale. Et comme des authentiques somaliens se vantant de leur supposé victoire écrasante sur les américains du Père Georges Bush, monsieur était toute une radio en soi, une sorte de tam-tam d’Afrique. Sa mission ne consistait pas à couvrir le match. Non pas du tout. Non il était là pour injurier Angile (fouteur, ngala ngulu, oko betama lelo, …) à chaque fois qu’il avait le ballon. Ah, des injures comme ça n’étaient pas du tout bon contre un gardien si orgueilleux de son excellence et si courtisé par les grands clubs du pays. Les injures fusaient tellement  que les nerfs d’Angile ne tardèrent pas à se surchauffer. Il lançait des œillades circonspectes d’où sortaient les diatribes, scannant pratiquement chaque visage pour identifier sa proie sans se tromper. Ces injures distrayaient le portier lukalois. Les experts ngungois avaient donc misé juste. Ils connaissait bien le Serpent venimeux, le savait incapable de maîtriser sa colère face à toute provocation. A la longue cette distraction pouvait payer au point de changer à leur avantage le score du match. Mais et les stratèges et le mort ignoraient ce que méditaient le Serpent. Il ne tarda pas démontrer qu’il pouvait agir intelligemment. Une balle qui passa au dessus du mur du stade tarda un tout petit peu à être renvoyée. Elle tomba sur le terrain, au moment où un autre ballon arrivait de la table du commissaire au match. L’arbitre et ses juges de touches surveillaient un joueur de Gwagwa se tordant de douleur à terre au beau milieu du terrain. C’est le moment que choisit Angile pour dégager le ballon de trop, non vers le terrain mais vers la face du mort totalement distrait par sa star qui roulait à terre. Un dégagement d’un gardien aussi corpulent qu’Angile, à six ou sept mètres de distance seulement. Les rares chanceux qui suivirent l’action crurent que le mort avait été coupé de sa tête, puis les deux morceaux soulevés en l’air avant d’aller culbuter derrière les supporteurs. Et aussitôt après sur le terrain le match repartit. Le mort gisait immobile sur le sol jusqu’à ce quelques bonnes âmes coururent lui verser de l’eau sur la tête, lui firent bien de massages avant qu’il ne revint à la vie. Quand il se leva, monsieur trouva qu’il avait suffisamment vu du match et sortit du stade gnogna gnogna, comme dirait l’ivoirien Ahmadou Kourouma, c’est-à-dire discrètement. A Lukala, même le commandant BSRS savait très bien que provoquer le Serpent venimeux, c’était hypothéquer sa propre existence.

 

Occasionnellement le Club en rouge et or tentait de trouver le filet adverse. Comme vers la fin de la première période, un corner bien tiré par Ndele, l’arrière gauche, trouva le capitaine de la Ciza, Monshetny Wa Dana, le modéré, qui arrivait en trombe de la ligne médiane adverse; il propulsa le ballon d’un coup de tête qui sembla plus à un superbe coup franc comme seul Lofombo de L’As. Vita Club et Léopard savait canonner. Le gardien de Gwagwa qui fit une mauvaise sortie au départ de l’action ne vit même pas le ballon se dirigeait droit vers le centre de sa cage. Le public lukalois telle une diarrhée ne laissant pas de signes précurseurs ouvrit d’avance les caquets pour s’éclater en wooooooooooooooooo collectif. Il n’eut pas de jubilations, car le ballon était tout prêt de franchir la ligne blanche de la cage, lorsque le numéro quatre de Gwagwa sortant du filet ou le cafouillage l’avait projeté, sans même anticiper quelque action, sentit simplement un choc sur le sommet de son crâne, puis entendit les lukalois se briser de douleur dans un ahhhhhhhhhhh, avant de sombrer lui même dans un vertige. On dût lui verser de l’eau glacée sur la tête pour qu’il retrouva son état normal. Et le score resta sur la parité de zéro but partout à la mi-temps.

 

Pendant que les deux équipes se reposaient, quelques initiés lukalois firent circuler le bruit d’une présence bizarre derrière les filets du portier de Gwagwa. Dans un stade archicomble où les supporteurs du pourtour qui n’avait pas de gradins peinait à se tailler un emplacement pour bien suivre le match, une sorte de mastodonte drapée de blanc depuis la tête jusqu’aux pieds, s’était accaparée de tout un espace aussi large que la latte transversale de la cage des buts, depuis le petit mur empêchant les supporteurs de marcher sur le terrain de jeu jusqu’au mur extérieur du stade. Toute cet espace là, la mastodonte s’en était réservé. Elle trônait seul au beau milieu. Aux quatre coins de son no man's land, elle s’était affublée quatre chiens de garde, des fumeurs de chanvre sans doute et pratiquant des arts martiaux toujours en quête de démontrer leur petite théorie à un publique qui n’en demandait pas au lieu d’aller se distinguer aux Jeux Olympiques où ils pouvaient honorer le pays en remportant des médailles. Les gardes aboyaient sur quiconque osait s’y arrêter quand qu’ils ne levaient pas les poings pour les menacer. La mastodonte qui pesait plus que 170 kg tenait dans les deux mains une kyrielle de chapelets qu’il ne cessait d'égrener à la manière des Ndingari ou les célèbres Ouest africains résidant au Congo-Kinshasa.

 

Durant la première partie du match, les observateurs avertis avaient constatés que chaque fois que le ballon se rapprochait de la défense de Gwagwa, la mastodonte s’agenouillait, puis tournait son gros cul oh combien immense et immonde, que nul ne demandait à voir. Elle tournait donc son cul pourri vers le sens contraire du pays le plus grand exportateur de pétrole au monde et la tête vers le désert des grands mystères. Et ceux des supporteurs qui se tenaient à la frontière du no man’s land, l’entendait vociférer, tel un fou en plein délire, dans une langue totalement étrangère et au terroir, et au pays. Une langue importée du désert tout comme son apparat. Parfois il se regardait les paumes des mains, les salivait et s’appliquait la crème à la figure. Quel fou seigneur! Il récitait des sourates en plus; ces paroles-formules magiques que certaines tributs perdues du désert pétrolier usaient pour foudroyer leurs ennemis.

 

La conversation sillonnant de bouche à oreilles, on finit par trouver son nom: Papa Ali. Profession: marabout. Raison de sa présence au stade et derrière le bois gardé par le goalkeeper de Gwagwa, faire disparaître le bois à chaque attaque de la Ciza pour nous empêcher toute victoire. Vu le score vierge, les animistes lukalois reconnurent l’efficacité de ses sourates.

 

Mais la question que nombreux se posèrent: comment un congolais pouvait se permettre d’aller chercher des paroles bizarres aussi loin qu’en Golf Persique désertique et les amener en terre Kongo bénie par les pluies du bon Nzambi a Mpungu Tu Lendo ou Dieu Tout-Puissant, dans une des cités demeure des esprits de nos ancêtres? Est-ce pour signifier que la sève qui depuis des siècles nous faisaient vibrer valait rien?

 

Sacrilèges des sacrilèges pensèrent tout bas les initiés. Le sacrilège à Lukala demande toujours vengeance. Le grand maître Zebe fut informé sans tarder. Sa surprise fut de taille. Jamais il n’avait imaginé qu’on pouvait nous attaquer avec des sourates que même l’huile de porc pourtant efficace sur des joueurs ressortissant d’un pays salamalec ne pouvait contrer. Aucun antidote contre les sourates de Papa Ali n’était disponible sur le champs. Il ne restait plus que 45 minutes pour mener les recherches au labo, car s’il fallait descendre à la rivière Lukala consulter l’esprit de l’eau, il fallait 15 à 20 minutes aux jeunes initiés les plus athlétiques à l’aller et au retour, donc environ 40 minutes. Le seul jeune initié présent au stade ce jour là fut Luc. Et Luc, qui l’avait déjà vu courir? Personne. Admettons qu’il sut courir vite, le temps de consulter l’esprit de l’eau, le match était joué. Pour le cimetière, il n’en était pas question, trop loin. L’aller simple exigeait plus de 45 minutes. Les rares chanceux qui virent le grand maître Zebe sortir du stade, la tête en bas et la mine complètement ramollie, se dirent qu’il n’y avait aucun espoir à attendre du laboratoire.

 

Au retour des vestiaires, Gwagwa partit en trombe. Il sembla pendant dix à quinze minutes qu’ils étaient les seuls à savoir jouer au football. Le jeu du Sporting était étouffé à chaque tentative de ressaisissement. Les joueurs acculés se trouvèrent aux bords des nerfs, certains craquant déjà à la moindre erreur de son coéquipier. Sur le banc de touche l’entraîneur belgo-italien, Gino Catzulla, tentait de leur faire signe de se calmer, mais sous cette pression combien voyait encore ses deux petites mains blanches dans une mer noire. Quant au président Konga Bebe, assis de toute sa grande taille à la tribune centrale, il ne comprenait pas du tout le sort qui s’abattait sur ses poulains.

 

A la 65ième minute, Gwagwa attaqua. Alors sérieusement. Bilo, l’arrière droit de la Ciza fut honteusement effacé par le terrible Tu Seras, le héros du match jusque là. Reprenant un ballon que lui avait apporté son milieu de terrain droit, il avança droit sur Bilo, à ne pas confondre avec le numéro 4, Lobilo. Bilo voulant piéger le jeune ngungois écarta trop grand ses jambes. Tu Seras sans s’effrayer visa bien au beau milieu de l’ouverture qui lui était offerte et à ras du sol. Le temps que Bilo referme ses jambes, c’était trop tard. Ce fut un boulet d’une puissance diabolique. Angile qui se trouvait contre le poteau droit vit le ballon raser le sol et fuir vers le deuxième poteau. Il tournoya latéralement sur lui-même, jambes et mains tendues en forme d’étoile (barami), à la vitesse de l’éclair, puis plongea. Il n’eut pas la chance d’attraper le ballon mais réussi à le boxer sans le diriger loin de tout danger. Le ballon alla rouler dans la direction d’où arrivait Mondo Sol, l’ ailier gauche hors pair de Gwagwa. Il ne prit pas le risque d’attendre. Il re catapulta le cuir vers le premier poteau d’où était parti Angile. Il avait dosé suffisamment son tir qu’aucun des défenseurs, pourtant bien élancés, Dana, Lobilo ou Ndeto, ne réussit à contrer le ballon dans cette mêlée. Mais on ne sait pas par quel miracle, le Roi des parades, Angile Mongalume, dit Debaba, comme propulsé par les esprits des ancêtres, se souleva du poteau gauche, pirouetta deux fois au-dessus des têtes, arrêta le ballon à la seconde prêt ou il faillit franchir la ligne du non retour, puis se recueillit sur ses deux pieds tel un chat qui s’amusait. Le stade entier se leva pour rendre honneur à sa majesté le roi. Ngungois, kimpesois, Zaïre Sepiens et Ciziens, tous, mettant de côté leurs rivalités sportives, applaudirent sans hésitations. Ah le football! Ce n’est pas un sport roi pour rien, il sait par moment imposer l’unité des cœurs. Mondo Sol lui avait des larmes aux yeux. Il venait de passer à une seconde d’entrer dans l’histoire du football sous-régional. Et toujours sportif, Debaba courut donner des claques amicales à Mondo Sol qui lui renvoya ses respects. Imitant leur gardien, les lukalois applaudirent aussi l’ailier ngungois qui avait si superbement joué.

 

Et le jeux reprit de plus belle. Gwagwa par son duo Tu Seras-Mondo Sol continua à donner des sueurs froides au Sporting. Vers la quatre vingt septième minutes, alors que le marquoir indiquait toujours zéro partout et que tous pensaient qu’on s’acheminait vers une prolongation qui sera suivie des tirs aux buts, on vit un petit groupe de têtes brûlés lukalois, Tolex et Duki du Camps Nouveau, Jango, pas le prof. mais le mécanicien, et Portos de la cité Kimbala, Davadis et Ngoy du camps Momens, Yampania du camps Marié et Foule du camps célibataire en face de la Cantine; une sorte d’union sacré des têtes brûlées qui pourtant se livraient la guerre en temps normal pour marquer chacun son territoire à la manière des cow boys du cinéma américain dont ils raffolaient.

 

Tous étaient réputés bâtis pour ne reculer devant un coup de poing. On les vit pénétrer dans le no man’s land de Papa Ali, toujours pas fatigué de cracher ses sourates. Les chiens de gardes furent maîtrisés sans ménagement. L’attaque se passa si vite que papa Ali n’eut pas le temps d’appeler ses démons protecteurs désertiques venir à sa rescousse, ni les supporteurs ngungois plus captivés par ce qui se passait sur le terrain. Il se retrouva les quatre fers en l’air. Et la forte et brusque averse des coups qui lui tombaient de partout, comme si ses assaillants avaient juré de l’immoler sur le champs, tel un vrai mouton, lui fit oublier ses sourates, préférant beugler pour se soulager de son malheur. Ces beuglements s’avérèrent fatales pour l’équipe ngungoise.

 

Sur le terrain, dans une contre attaque des cimentiers Mulunda Muller, le formidable élier gauche de la Ciza, après avoir réceptionné une passe en or partie de la poitrine du célèbre numéro 10, le géomètre Don Pélé Bakadjika tant il ne badinait pas sur la précision de ses passes, Mulunda Muller, disons-nous donc, se lança à toute allure le long de la ligne de touche, effaça deux joueurs de Gwagwa au niveau de la médiane, puis centra vers Toussaint Mananga, l’ailier droit de la Ciza et vrai héros du match. Il avait suivi l’action de son coéquipier et venait de pénétrer dans la surface de réparation adverse. Le gardien de Gwagwa hésita de sortir boxer le ballon. Il ne put éviter le pire. Toussain Mananga bougea à peine sa tête que le cuir rond alla secouer les filets des Ngungois. Une marée humaine libérée de ses émotions envahie le terrain. A la tribune latérale, juste à gauche de l’entrée, maître Fula Mapasa envoya le rythme: pe pepe pelepepepe. et la foule de répondre: Gwagwa alingi o lela. Pe pe pepe? (Pona nini) alobaka a pola ka te lelo a poli ye e ya e ya soni. (Gwagwa va pleurer. Pourquoi? Il se vantait invincible et maintenant il est honteusement battu).

 

Quand la mêlée eut dégagée le terrain de jeu en toute sportivité sans qu’on eut recourt aux agents de l’ordre, conformément à l’esprit disciplinaire des locaux, les joueurs de Gwagwa centrèrent à peine le ballon que sonna le sifflet final. Le Sporting Club Ciza partait remporter valablement le titre provincial en challenge Papa Kalala.

 

Si le match prit fin en fanfare pour les lukalois, la sortie du stade et le retour à la maison se passa sous la bagarre, les jets de pierres, les pillages, …

 

Les supporteurs ngungois mauvais sportifs digérèrent très mal leur défaite. Un des commandos bérets verts amenés pour impressionner les lukalois s’en pris physiquement à Angile avec sa cordelette. Le Serpent venimeux ne se laissa pas effrayé. Il poursuivit son agresseur hors du stade et malgré la pluie des pierres lancées à sa direction par les inciviques ngungois, il finit par rattraper le petit soldat de Mobutu. Trois coups de tête bien visés envoyèrent la loque brouter la terre. Le serpent aurait pu l’achever n’eut été l’intervention du capitaine Wa Dana et Nike qui se saisirent du gardien pour qu’il ne poursuivit sa besogne…

 

Votre serviteur qui avait moins de 18 ans, avait réussi à s’éloigner intelligemment de la bagarre et marchait avec ses copains (Naclet Masamba, Mathieu Ngitukulu, Honoré de Balzac, Zecks Mbuta David, Noël Matondo, dit Doc Shelly, Jean Tamba, dit Tamba Panz, Francky Molenge, dit Franck Lassan Dr., Pierre Lufua, dit Peter Tosh, Makela Ngonda, dit Major, Robert Molenge, dit J.R…) sans dire mot du match que leur équipe venait de gagner car devant eux les précédaient trois joueurs de Gwagwa aigris, qui n’arrivaient pas encore à avaler la bile de leur défaite. Ça leur grattait trop fort à la gorge, la bile. On arrivait à l’entrée du Camps Marié lorsque derrière nous on entendit un rata tatata.

 

Un joueur de tambour de la fanfare venait d’exécuter un bref morceau. Peut être par provocation, peut être simplement pour égayer ses amis avec qui ils conversaient. Les joueurs de Gwagwa qui nous précédaient s’arrêtèrent. Nous aussi. « Beta lisusu » (joue encore), cria le plus aigris des joueurs. Nous tremblions comme des vrais poules mouillées prises en sandwich. Quant au batteur de tambour, il semblait transformé en muet. De sa bouche, il encula des: « pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa, suivis des ve ve ve ve ve ve ve ve ve ve ve ve ve». Il était vraiment en transe. Il voulait dire pardon vieux. Et le vieux aigris par la défaite voulut avancer cueillir et éduquer son petit. Heureusement ses deux coéquipiers le retinrent en lui criant de laisser tomber. « Kende ko lia malamu » (va bien manger) cria amèrement le Vieux avant de continuer sa marche.

 

Partout où les supporteurs de Gwagwa passèrent, les gens qu’ils rencontrèrent dans les rues, malades ou en bonne santé, vieux ou jeunes, au marché de Ciza en face de l’église catholique, au dispensaire, à la clinique de la Ciza ou à l’entrée ville furent soit tabassés, soit pillés. Mushimuana, le directeur du siège d’exploitation de la Ciza appela Mbanza Ngungu et informa son ami le général Somao.

 

Le lendemain tout Lukala appris avec allégresse que le général Somao avait cueilli le convoi des sportifs ngungois sur le mont Nzenze pour les conduire droit à la base de Mbanza Ngungu où ils reçurent une correction militaire. Quant aux apprentis commandos, il ne fait aucun doute, entendue la réputation de Somao, qu’ils aient vécus des très mauvais jours à leur retour à la base.

 

 

 

 

 

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