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Congo-Brazza : Le Royaume Téké
Par EBIATSA Hopiel Historien*
«
Comme tous les autres peuples du Congo – Brazzaville, les Téké ont offert
leurs peines et leurs souffrances pour que s’instaurent dans notre pays, la
paix, le partage, la tolérance et la liberté. « L’Auteur » La République sous les
talons de laquelle nous avons décidé
de planter une épine par méprise de
l’histoire objective ou par pure provocation est un produit colonial français
né sur le territoire du royaume Téké
qui depuis 1880 vit une histoire plus
que tourmentée après la rencontre De BRAZZA-ILOO I à Mbé. Les Colons
français l’ont plongé dans une profonde
et longue agonie. L’Etat congolais post
colonial a presque fini de
l’assassiner. En 1991 cependant, la
tentative presque avortée de libéralisation des mœurs politiques et sociales
au Congo initiée par 1992 : Pierre MIALAMI
WAWA, est investi de la charge royale selon le schéma traditionnel. La fête
de son intronisation organisée 5 ans
plus tard fut belle. Les hommes et les
femmes étaient venus de tous les coins
du Congo, des pays Téké du
Gabon et du Zaïre. En ce 7 Mars 1997, Ngabe
où tout le gouvernement et tous les corps constitués s’étaient rendus avait
réussi à opérer une réunification mieux une fusion des pouvoirs ancestral et
moderne. Tandis
que les uns tenaient les premiers
rangs dans les manifestations, les autres, les battus des élections libres de
1992 s’étaient éclipsés. Ils ne se reconnaissaient pas dans ce premier roi d’un
Congo « libre ». On les soupçonnait ouvertement proches, très
proches de leur ami, le « Duc d’Itaba »,
autour duquel semble-t-il, ils avaient organisé une contre cérémonie. A
défaut de pouvoir l’introniser, les voilà qui peut-être à leur insu déclenchent la guerre des rois.
1998 : Un autre royaume a
en effet vu le jour ; un autre
roi a été « acclamé ». C’est
UNKO A NGABUN, soit le roi des A Ngugwel,
une fraction du peuple Téké localisée
entre La préparation des obsèques
du roi NGOUAYOULOU, tragiquement
décédé en mars 2004 et mis en terre en juillet de la même année déroule cinq
mois de turpitudes inégalées. Une commission des obsèques est mise en place. Elle est présidée par un Téké. Des voix s’élèvent
pour dénoncer le choix de l’un et non
de l’autre. Alors, la junte Téké
s’étripe, se jette des noms
d’oiseaux pour se discuter les faveurs. La dispute finit par avoir raison des uns et des autres. C’était trop
de vouloir rendre ce qui reste du royaume aux Téké. Un autre enfant du
Congo allait se charger de présider la commission. Il est Ministre de la Culture. Silence !
l’ogre venu de la sphère politique montre clairement ses dents et une fois encore, la croisière allait bien
pouvoir s’amuser. Plusieurs témoins racontent
en effet que le spectacle fut autant affligeant qu’odieux. Les devenus
faiseurs de roi rivalisèrent de puissance occulte. Les intrigues révélées lors de
la fête de sa mort réapparurent à la
succession du roi défunt. Un hélicoptère vint atterrir
à 125 kilomètres de Brazzaville, plus précisément à Itaba, pour «acclamer» un roi. Le pouvoir politique
congolais et tout ce qu’il compte de suppôts
avaient fini par ce geste
infâme de flanquer son pistolet sur la
tempe de l’une des plus grandes fractions de son peuple. Les Téké sont privés
du privilège traditionnel de jouir pleinement de leur culture. La seule
cathédrale que l’on croyait depuis inébranlable allait enfin s’écrouler. La
Maison Royale Teke brûle. Comme quoi, les demi-dieux ne sont pas immortels. En se mettant dans
la férule de la République, les Dieux Téké sont devenus mortels, car soumis à
l’affreux arbitraire des princes républicains. En effet,
le roi choisi
selon les règles héritées des ancêtres après ces soubresauts ne
fut pas du goût des autorités
politiques de la place. Leur cœur bat et encore plus fort pour l’homme d’Itaba. Un nouveau retournement de situation allait
se produire. Le roi choisi selon la
tradition par le Collège électoral sacré
fut vite évincé et cette fois
peut-être pour toujours. C’est bien le « Duc d’Itaba »
que la France prédatrice pardon
protectrice reconnaîtra. Une
telle mise en joug du pouvoir traditionnel révèle clairement le besoin que
les gouvernants et leurs clients ont
de l’institution royale. Le roi est en effet ici considéré par tous comme une
caution en vue d’une soumission
religieuse de ses sujets. Parlant de cette prétendue emprise morale du roi sur son peuple, Guiral n’avait-il pas dit qu’il était le « Pape des
Batéké ». Aujourd’hui encore
plus qu’hier en effet, certains
pensent que rien ne peut se passer en dehors du consensus tribal incarné par
lui. Autrement dit, la désolidarisation est interdite, le roi incarnant ici
les insatiables ambitions de chacun de
nous pour une possible ascension sociopolitique ; beau rôle de conseiller
magique qui exclut le mérite au profit du clientélisme. Alors, les réseaux tribaux d’allégeance se sont
vite mis en place. Leurs animateurs sont devenus les entremetteurs entre le pouvoir royal
besogneux et un pouvoir politique central
corrupteur. D’où cette lutte fratricide pour un leadership introuvable. Au meilleur
valet, les plus beaux compliments du maître pour une place aux cieux. Avec ces traîtres
de la nouvelle génération, le loup est depuis officiellement entré dans la bergerie et le « Tékécide
culturel» lui, en pleine marche. A
vouloir tout maîtriser, n’ont-ils pas en effet depuis déclenché la querelle
des investitures ? La désormais
commission nationale « faiseur des rois » a fini par
« attraper » le sien. Succédant ainsi à la « Panthère d’en
haut », le nouveau roi des Téké est le «Dernier des derniers ».En
attendant le palais promis à Mbé, il vit encore à Itaba. Par ce geste, Ces épisodes à répétition
et tous les rebondissements provocateurs qui en découlent témoignent-ils d’un
instinct liberticide ou d’une réelle volonté d’adaptation des institutions
traditionnelles de notre pays pour leur faire jouer un rôle dans la
cohésion sociale et nationale ? Des périodes
très proches nous rappellent l’incessant besoin que le Congo tout entier a eu de ses
Sages. Est-ce une bonne idée de très
vite les oublier et de les écarter de tout dès que les solutions mêmes
provisoires sont trouvées ? La Conférence Nationale Souveraine l’a
voulu ; la République ne l’a pas fait. Que veut dire réellement réhabiliter la chefferie
traditionnelle si ce n’est
rendre libre l’exercice de son pouvoir ? Comment y parvenir si on ne dit pas non aux alliances souterraines, sectaires et
clientélistes pour une démocratie plus
lisible ? Comme tous ceux qui ont un rôle à
jouer dans la bonne marche de notre pays, les rois Téké et avec eux tous les
autres sages de notre pays devraient y être associés. S’agissant des
Téké et puisqu’il est question d’eux, le choix consistera à intégrer le
Collège sacré Téké et toutes les autres Notabilités traditionnelles du Congo que l’on convoque à chaque période de
crise majeure dans les rouages
politiques nationaux. Dépositaires de la sagesse du pays, ces Lords
spirituels et héréditaires formeront la moitié des honorables Sénateurs,
regroupés au sein de Privés du
privilège traditionnel de jouir de leur culture, les Téké sont depuis un peuple divisé et humilié. auquel la République
vient à nouveau de confisquer l’histoire, son Histoire. En Septembre 2005, les
restes de De BRAZZA et de sa famille seront transférés
sur les rives du Congo, à Brazzaville, la capitale de la colonie qu’il avait donnée à A partir du 14, le
corps de l’explorateur reposera sur les terres africaines du Congo. Une
question restera longtemps en suspens : Pourquoi le grand
« Humaniste » qui a donné à la France les terres sur lesquelles
elle a aujourd’hui bâti son empire énergétique lui tourne-t-il le dos ?
Comment son Italie natale
répugne-t-elle à le
recevoir ? L’Afrique a-t-elle encore
de nos jours un tel besoin de
ces colonisateurs morts ? Les motivations
d’une telle initiative doivent être ailleurs. Sinon, comment ceux-là même qui
ont procédé à de multiples débaptisassions peuvent-ils devenir les apôtres
d’une réécriture de notre histoire commune ? En effet, dans les années
70, le Lycée Savorgnan de Brazza devenait Lycée de
la Libération et celui du Gouverneur Augagneur à
Pointe-Noire, Lycée Karl Marx. Vaste programme pourrait-on encore dire. La motivation officiellement
affirmée donne la part belle à l’action des héritiers de notre explorateur.
Ils auraient voulu cent ans plus tard exaucer le vœu cher à leur parent
d’être inhumé en terre africaine. Une volonté qui s’exprime un peu tard. Peu
importe, remarquons simplement que l’Algérie où trois ans après les
obsèques Thérèse de Brazza ramène la
dépouille de son Comte de mari est bien en
terre africaine. De Brazza avait volontairement choisi de s’y
installer dès 1898, après sa mise à
l’écart des affaires coloniales africaines par le gouvernement français Il y
avait construit une belle maison qu’il avait baptisée en souvenir de ces nombreux cours d’eau
qu’il avait arpentés, Dar es-Sangha.
A Brazzaville, Il ne reviendra que 7 ans plus tard après avoir sans sourciller livré
le Congo, pieds et poings liés à la voracité des marchands, à la
férocité et à la couardise des
« petits colons blancs ». . Les tractations sur cette
requête de faire reposer la famille De Brazza en terre congolaise ont
commencé en 2003. Elles ont été initiées par le Professeur Detalmo Pirzio Biroli petit-neveu
et héritier de l’explorateur qui a rencontré le roi des Téké à qui pour toute
reconnaissance d’une amitié séculaire, il « a remis la paire de
jumelles en cuivre qui servit au célèbre explorateur », puis le chef de
l’Etat congolais. L’accord de ces deux autorités, sur
quoi on ne sait, a semble-t-il été
formalisé par deux lettres : celle
du Professeur en date du 29
septembre 2003 et celle de la branche familiale française du 7 Mai 2004,
presque deux mois après la mort brutale du roi NGOUAYOULOU. Une
fondation est alors vite mise en place : Autre grand absent de cette liste est la France au nom de laquelle sous le patronage du Comité français de l’AIA De Brazza fait
son troisième voyage avec pour mission de créer deux stations placées sous
les couleurs du pavillon français en Afrique centrale. En 1879, Franceville
est fondée au confluent de l’Ogooué et en 1880 la station de Ncuna à l’endroit
de Mfa,
groupement de villages de pêcheurs Téké qui deviendra un an plus tard,
Brazzaville sur décision unilatérale du vote du parlement français. A quand
alors Ilooville ? Comment cependant interpréter la
présence du Président de la République française à la cérémonie de la pose de
la première pierre dudit mémorial en compagnie de ses homologues du
Congo et du Gabon , cérémonie au cours de laquelle on ne sait pourquoi lui sera présenté le
contesté 17è roi Téké? La Fondation Savorgnan
De Brazza est bien une commission tripartite chargée par la France de
recevoir les restes de la famille De
Brazza conformément au vœu algérien de
déloger de son territoire tous les morts français devant l’incapacité de la
mère patrie à assurer l’entretien des cimetières français de la ville d’Alger. Autrement,
voilà deux personnages : De BRAZZA et ILOO I qui ont posé ensemble un
acte fondateur. A l’instar des
FESPAM à répétition et autres événements, commémorations et gesticulations
tumultueusement dispendieux, abriter les restes du Comte De Brazza et de sa
famille permettra-t-il à notre pays de « lever le voile qui grève
son image » ? Rien n’est moins sûr. C’est vrai : la guerre
civile de 1997 est inscrite pour longtemps dans nos mémoires à cause de sa
violence et de ses motivations. Elle
nous a éloigné du monde civilisé. Mais il faut aussi le dire : elle est
bien loin derrière nous. Après cinq années de Transition-Reconstruction,
des élections libres ont eu lieu. Mais la rupture tant attendue ne l’a pas
été peut-être; la réconciliation nationale aussi. On a pris les mêmes et on a
recommencé. Quelle démocratie au monde peut espérer redorer son blason en
gérant de façon patrimoniale et clientéliste la chose publique, en cantonnant dans les geôles de l’exil les
adversaires politiques et en éloignant
du champ de l’action une plus grande partie du fleuron de ses compétences? Et le peuple
congolais dans tout cela ? Où est-il ? Que dit-il ? A-t-il été
consulté ? Quelle démocratie au monde
peut espérer rebondir en écartant son peuple de la prise des plus
grandes décisions le concernant ? Ne nous précipitons plus. Ne
confondons point amitiés personnelles
et intérêt national. Les Congolais doivent en tout cas se calmer. Ils
doivent se réconcilier pour arrêter de mettre dans les mains de tous ceux qui
nous exploitent le sabre qui nous achèvera. Contre la misère qui nous réduit
à la mendicité et à l’exil, contre la voracité des pays du Nord qui nous
étrangle et que l’on nomme mondialisation, notre combat doit être Un. C’est
pour cela qu’il faut mettre un terme à
ce projet qui nous est imposé de l’extérieur,
car sans esprit polémique, si De Brazza est le « franc-
maçon humaniste » qui nous est peint, ce grand homme n’a de place
que quelque part où reposent les autres grands hommes français : au
panthéon à Paris. Oublions, mais vraiment oublions cette journée du 14 septembre 2005. Elle
nous divise ; elle nous ridiculise et nous affaiblit. Souvenons-nous
du 3 Octobre 1880: ce jour là,
Brazzaville naît. Elle deviendra 60 ans plus tard la capitale de la France
Libre. Célébrons ce jour, la
réconciliation nationale. Faisons de
ce jour, le jour du grand pardon , tous réunis devant ce mémorial qui
abriterait la tombe de ce jeune
inconnu , première victime de nos
bombes un 5 juin 1997 qui allait à son
école chercher le savoir pour le bonheur futur du Congo. MANDELA,
souvenons-nous n’a jamais paru aussi grand que lorsqu’il a pardonné à
ceux qui lui ont volé la vie pendant 27 ans. Le Congo quant à lui
grandira et resplendira le jour où tous
ses fils réunis jureront de le servir dans la loyauté et le respect de
toutes nos valeurs, les valeurs d’hier et d’aujourd’hui pour qu’« en ce
jour, le soleil se lève », enfin pour nous tous. ·
Membre du Réseau Congo 21 ; cf .Michel
NKAYA (Coord.): Le Congo - Brazzaville à
l’aube du XXIème siècle :Plaidoyer
pour l’avenir ,Editions L’Harmattan
, 2005. ·
(Merci à Mwinda.org) |