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CONGO-KINHSASA: ET
LA RESPONSABILITE DE L’ELITE CONGOLAISE?
Par Basile Diatezwa
Février 2005
La conduite d’une communauté qui se veut digne, la sauvegarde de son indépendance,
la conservation de son patrimoine matériel et culturel et la défense de ses
libertés sous une forme quelconque appartiennent, selon la nature des choses,
à l’élite qui, pour réussir sa mission, doit privilégier l’intérêt général et
le bien commun. Cette élite doit servir d’exemple au plus humble des membres
de la communauté; elle doit être capable de comprendre les problèmes communautaires
et de proposer les solutions adéquates.
Tous les membres de la communauté, dans la juste mesure de leurs aptitudes, participent
à la vivacité du corps social et au maintien de sa force. Au surplus, c’est
la qualité de l’élite qui attire les talents par l’espoir qu’elle donne à
leur émulation de s’élever jusqu’à elle; c’est cette élite qui stimule leur
développement parce qu’elle couronne leur maturité. C’est dans ces conditions
seules que notre communauté peut assurer sa survie et son progrès. Or l’élite
congolaise se comporte en corps étranger vis à vis de la communauté; ses
intérêts s’identifient non à ceux du pays, mais plutôt à ceux de ses partenaires
étrangers. Elle est incapable de donner à sa communauté les moyens de se
prendre en charge et de développer ses potentialités dans la ligne de ses besoins
et de ses aspirations.
Dans notre pays, les priorités de la communauté sont déterminées par les étrangers
et en accord avec les intérêts de l’élite nationale plutôt qu’en fonction du
bien-être de la population ; on assiste ainsi à un état de dépendance et de
servitude de la population qui travaille moins pour elle que pour l’étranger,
dans un statut croissant de spoliation. L’indifférence totale du pouvoir établi
face à la paupérisation nationale et les errements d’une classe politique sur
fond de corruption, d’amalgames et d’inintelligence collective, interpellent
les esprits lucides sur la nécessité d’une remise en question de l’action
politique dans notre pays.
Face aux angoisses et aux désespoirs du peuple causés par les bavures d’une société
insolite et effrayante, nous devons susciter l’espérance en donnant au pays
le meilleur de nous-mêmes, dans un esprit de justice et de liberté. L’homme européen
qui connaît le christianisme depuis 2000 ans et qui nous a transmis ses valeurs
culturelles et morales, a expérimenté le principe suivant :
- Aide toi et le ciel t’aidera après !
Notre peuple, manipulé, terrorisé, traumatisé par des problèmes de survie et
en manque de tonicité morale, a du mal à se ressaisir et à réagir sainement
pour remettre son sort entre les mains des citoyens lucides et dignes, sans
compter que le tribalisme et l'ostracisme influencent encore ses attitudes
politiques.
Les politiciens actuels n’arrivent pas à réunir en un seul faisceau les
forces et les aspirations éparses du peuple ; il leur manque la force
d’initiative et une certaine fraîcheur de vue pour résoudre nos problèmes; or
pour chaque nation, la politique est la plus délicate et la plus importante
des fonctions sociales, car tout tient à elle : le progrès économique et
culturel ou le dépérissement.
Nous devons nous distinguer de cette élite indigne et ankylosée en éveillant
des
idées nouvelles pour rompre avec l’incompétence et l'immoralité qui caractérisent
maints dirigeants de notre pays. La crise actuelle ne peut être résolue que
si elle est perçue comme un état temporaire qu’il faut surmonter par des
actions dynamiques de l’homme. Nous devons provoquer un soubresaut d’énergie réformiste
ou révolutionnaire, livrant accès à de nouvelles formes de rapports humains
et à de nouveaux modes d’organisation. Le blocage actuel vient de l’absence
apparente de volonté parmi nous, dans tous les secteurs d’activité, de mettre
des moyens propres à diagnostiquer nos problèmes communautaires pour sortir
le pays de son abîme.
Les linéaments d’une société humanisante sont loin d’être claires, tant sont
profondes les racines de la crise. Ce qu’il faut remettre en cause, ce n’est
pas
la survie même de la nation, mais plutôt aussi bien la légitimité des institutions
présentes et des dirigeants actuels que l’intégration des citoyens dans la
société politique, l’implication des individus dans la vie des organisations,
les règles et processus qui déterminent la répartition des richesses entre
membres de la communauté ; en un mot, il faut redéfinir les finalités de
l’homme et de la société. Le défi se pose au niveau des valeurs, de leur
nature, de leur institutionnalisation et de leur intériorisation.
Omar Basile Diatezwa
diatezwabasile@yahoo.fr>
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