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RDC : POUR QUI GOUVERNE-T-ON?
Les
ambitions individuelles face aux élections attendues? A cause de
l’existence d’autres ambitions non satisfaites ou insuffisamment satisfaites,
le pays est loin d’être pacifié. Des
bandes armées continuent de ronger le territoire, sans scrupule dans une
impunité totale. Dans une situation de mondialisation, en présence des
spécialistes de crimes économiques et des spécialistes privés de la formation
militaire rapide et la distribution des armes, l’Etat n’est plus le seul
contrôleur de la violence. Incapables
d’assurer la sécurité de la population et ses biens, les dirigeants ne font
réellement que se servir. Pour
l’essentiel les forces de sécurité ne servent que les dirigeants,
particulièrement le 1+4. La clochardisation des soldats est une des grandes
causes de l’insécurité de la population.
Le peuple n’a pas les moyens d’exiger des dirigeants la satisfaction
de ses intérêts propres. Les gens pensent que les élections lui en donneront
les moyens. L’éducation du peuple pour
un meilleur choix de ses propres dirigeants ne se fait malheureusement
pas. Les Confessions religieuses sont,
par exemple, en train d’improviser l’éducation civique de leurs
croyants. Dans l’ensemble, la
population est ignorante de l’essentiel des textes juridiques nécessaires
pour mieux s’armer pour les élections.
Les gens pensent en termes des individus à choisir, alors qu’on vote
pour un système et si celui-ci est mauvais, la qualité des individus choisis
n’y changera pas grand’chose. C’est le système qui risque de changer les
bons individus. Le schéma
institutionnel de la transition face aux attentes des Congolais L’Accord
Global et Inclusif est loin d’avoir été le ciment d’un large front uni du
peuple congolais du fait que la classe politique congolaise, sans aucune
conscience de classe comme telle ni sans unité d’intérêt de classe, ne fait
que se disputer les intérêts personnels divergents au détriment de l’intérêt
supérieur de l’Etat. Aucune fraction de cette classe n’est intéressée à
limiter les ambitions personnelles démesurées et donc à corriger la faiblesse
de l’Etat, qui est d’ailleurs entretenue pour mieux l’utiliser à des fins
personnelles. La classe ne s’entend ni
sur la nécessité de limiter, fléchir et châtier l’ambition personnelle pour
l’intérêt de tous, ni de soigner l’Etat et lui accorder une capacité étatique
pour se reproduire. Elle est
fondamentalement pillarde et vandale.
On ne paie même pas d’attention à des gens ou groupes des gens qui se
sentent exclus du partage. Le cas très
grave de l’anthropophagie et celui du massacre de Gatumba
étaient surtout exploités pour se diaboliser les uns
et les autres, entre adversaires; aucune déclaration étatique ferme
condamnant, en tout temps, toute pratique anthropophagique et tout massacre
des innocents, n’a été entendue. L’architecture de la transition est occupée
pour la ruiner; chaque occupant servant son ambition particulière sans se
soucier ni des autres ni de l’avenir.
Il y a une absence entretenue des sanctions à tous les niveaux et la
responsabilisation institutionnelle n’est qu’un vœu pieux. Les nominations aux postes se font moins en
termes des principes bons pour tous ou des profils des gens que du
clientélisme. Ces nominations sont parfois accompagnées par des crises
internes des composantes et entités.
Cela montre qu’en grande partie celles-ci ne sont que des
rassemblements par convenance d’individus.
Leur transformation, à partir des positions de l’Etat, en partis
politiques, ne les soustrait pas des pratiques de Parti-Etat. En lui-même le schéma institutionnel de la
transition ne peut donner naissance à une vision claire d’un futur de bonheur
national brut. Les conditions idéologico-théoriques pour le penser ne sont pas réunies:
on est loin de ce qu’on peut appeler “ une souveraineté théorique.” L’après-élections
pourrait bien être peu différent du présent en ce qui concerne la vision
capable de générer une vraie solidarité dans la population et l’unité de
l’idéal national dans la direction du pays.
N’y a-t-il pas des ressemblances dans notre situation des conditions
qui avaient permis à Adolf Hitler d’être crédiblement
élu? A l’heure qu’il est tout leader
qui entraînerait le pays vers une marche militaire sur Kigali serait
probablement suivi.
Nos élections ne risquent-elles pas à donner naissance à un autre
pouvoir dictatorial? C’est d’ailleurs
au détriment de la justice, soi-disant pour promouvoir la réconciliation
nationale, qu’a été conçu ce schéma.
Les autorités les plus importantes sont couvertes d’immunités. Le Chef de l’Etat ne peut être ni contrôlé
par le Parlement ni paraître devant les cours et tribunaux dont il est garant
de leur indépendance. L’impunité est
institutionnalisée. Tel qu’il est et qu’il
fonctionne, le schéma institutionnel ne permet pas d’avoir un leadership
national cohérent, déterminé et visionnaire.
Le consensus n’est-il pas l’ennemi de la pensée? La capacité de prévision dans l’espace
présidentiel semble faire défaut. Le
Chef de l’Etat est sans autorité, les autres ne sont pas imprégnés par ses
timides initiatives qui ne sont pas suivies et n’aboutissent pas: affaire Major Kasongo, affaire corruption et détournement dénoncée par
le Président lui-même, mais restée sans suivi ni sanction en vue. Les questions très claires soulevées par la
marche populaire du 4 juin 2004 dirigée par les étudiants, n’ont eu aucun
traitement convaincant pouvant dissiper les incertitudes et soucis des gens
de partout. Ces questions se
focalisaient sur trois soupçons: 1) peut-être que le schéma institutionnel
lui-même serait-il le frein majeur à la transition? C’est la formule 1+4= 0. Ne serait-il pas bon d’amender et l’Accord
et la Constitution pour lever ce frein?
Ce soupçon, peu discuté par l’ensemble des participants—le Président a
reçu quelques personnes de son choix pour confirmer son opposition au
soupçon, caractérisé d’anarchique—était refusé. 2) même si le schéma était bon, le
personnel qui l’anime ne serait-il pas incompétent? Ne serait-il pas bon de
s’entendre sur les profils que devraient avoir les nouveaux animateurs pouvant
remplacer les incompétents? Le Président
n’a pas initié un débat sur cette question importante; il a laissé aux
composantes et entités d’opérer le remplacement possible ou l’alternance
surtout des gens trop visiblement corrompus ou incompétents. Le cas des dirigeants des composantes ou entités
incompétents ou corrompus n’était pas examiné. Nulle part n’est exigée la
tenue d’une assemblée délibérante de chaque composante ou entité sur les
matières de politique nationale.
Certains comptent sur la CPI de faire l’affaire pour eux. Enfin, 3) qui, dans
notre pays, détermine ce qu’est l’intérêt national
et son articulation à ceux des puissances d’une part et à ceux des pays
voisins d’autre part, c’est pourquoi nous avons des amis comme la MONUC qui
se comportent comme des ennemis? Seule
la critique de la performance de la MONUC, surtout concernant la situation de
Bukavu, qui était retenue. Faute
d’avoir pensé cette articulation, à tout moment, pour prévoir ou éviter des
interventionnismes extérieurs, domine, dans la population, le désir d’inviter
ces interventionnismes, comme par exemple, l’appel souvent entendu au retour
de la force française ARTEMIS. Les étudiants qui
avaient pris cette importante initiative, divisés ensuite par le conflit (parfois violent)
autour du partage de peu d’argent leur donné par les services présidentiels,
n’ont pu poursuivre leur critique ou exiger des réponses satisfaisantes
possibles. La Commission de suivi qui,
auparavant, aurait pu examiner ces genres de questions, avait fonctionné
comme juge et partie: certains membres se sont attribués des postes
ministériels. Plusieurs autres
évaluations négatives ou positives étaient faites, entre autres, par La
Conférence Episcopale de l’Eglise Catholique, par le RCD, etc. La répression étatique du mouvement de
“Sauvons le Congo” a retardé et presqu’étouffé
l’apport populaire organisé. La délégation Sud-Africaine était venue, après la levée des étudiants,
pour essayer d’apporter sa contribution à la nécessité de recréer la
confiance dans les institutions de la transition. Ils avaient proposé le renforcement de la
responsabilisation institutionnelle, dans le contexte même du cadre défini
par l’Accord Global et Inclusif et la Constitution de la transition. Mais, il était bien clair que dans
l’absence des vraies sanctions, cette responsabilisation est limitée. Et surtout quand les responsables des
institutions importantes comme le Sénat, se comportent comme des secrétaires
particuliers ou inconditionnels du Chef de l’Etat, la responsabilisation est
difficile à obtenir. Il y a lieu de se
demander si, en l’absence des vraies sanctions, la séparation des pouvoirs
fonctionne réellement. Il a fallu que
le RCD suspende sa participation dans les institutions, du moins
partiellement, pour qu’une autocritique institutionnelle timide se face.
C’est connu: le poisson ne sait qu’il habite dans l’eau que quand il est hors
de l’eau! On sait, par ailleurs,
qu’une autocritique pour être crédible, doit se faire devant ceux qui ont
fait la critique. Tout traitement
d’une critique qui n’est pas faite de façon transparente et principielle, dans l’esprit de vérité et de
la volonté de faire mieux, ne résoudra pas la question de la crise de confiance mutuelle entre animateurs au sein des institutions. Le “je vous ai dit” n’est souvent qu’une
façon de redorer son blason. On se posait des questions de savoir ce que
l’espace présidentiel avait réellement fait par exemple au sujet de la crise
de Bukavu, en plus de pointer le doigt aux autres et de saisir la communauté
internationale. Le Sénat ne peut-il pas formuler une telle exigence? Les tâches spécifiques des postes dans les
institutions de la transition n’étant pas fixées, il est difficile de faire
le suivi de leur réalisation. On sait par exemple que les cabinets politiques
sont constitués et les animateurs nommés avant même qu’on sache le répertoire
des tâches à accomplir. Le choix ne se
faisant qu’en termes clientélistes ou d’appartenance tribale, surtout. On n’avait,
par exemple, pas envisagé la possibilité de n’avoir qu’un seul Bureau
Présidentiel autonome, c’est-à-dire, au-dessus des considérations des
composantes et entités, au lieu des 5 Bureaux présidentiel et vice-présidentiels.
Dans l’espace présidentiel lui-même, quelles structures ou actions
auraient dû renforcer la confiance mutuelle entre occupants? Comme les membres de cet espace semblent,
tous, être candidats aux prochaines élections, leur comportement
concurrentiel et hégémoniste l’emporte sur celui de la concertation, conciliation,
humilité et de coopération pour le service commun pour la Nation. Dès le début, il aurait fallu que le groupe
de l’espace présidentiel agisse de sorte que la population puisse voir qu’il
y règne une unité et une confiance mutuelle. Il aurait fallu que les 5
président et vice-présidents, ensemble, aient pu voyager partout dans le pays
comme une mesure de construction de la confiance dans le peuple et dans le
pays et une détermination de jeter les bases de l’autorité de l’Etat à
travers le pays. Un tel voyage en Ituri, par exemple, allait accélérer la mise en place de
l’autorité de l’Etat. Le comportement
politique indispensable, celui de tisser des alliances soutenant l’intérêt
supérieur de l’Etat, semble être
inexistant. Des gouverneurs
impopulaires sont soutenus du seul fait d’être des inconditionnels de
composante ou entité, parfois fournissant l’argent à la direction au lieu de
résoudre les problèmes qui se posent en provinces. Manque de leadership,
manque d’idéologie ou encore manque d’éthique et de déontologie? Pour avoir permis au
Président de la République de recevoir le serment partiel de l’Exécutif, pour
avoir fait signer au Président des décrets qui soulèvent des contestations
dans la population, pour n’avoir toujours pas exigé le suivi sur des
initiatives prises par le Président, il y a lieu de se poser la question de
la compétence ou la bonne foi des membres de ce Bureau. Beaucoup d’enquêtes annoncées par le Chef
de l’Etat et le Gouvernement n’ont pas encore apporté des résultats. Les décisions prises concernant les événements
du 28 mars 2008, les coups montés et manqués (Major Eric Lenge,
les Mai-Mai, etc.)—coups d’Etat ou une sorte de
grèves militaires?-- ne sont pas connus. Les militaires fautifs restent impunis;
même ceux qui sont au Centre Pénitencier de Makala
bénéficient de promotion en grades. Il n’y a ni unité ni
cohérence au sein de l’Exécutif; aucun leadership ne se manifeste pour
redresser cette situation. La
déontologie des fonctions des membres de l’Exécutif et parfois les lois de la
République sont violées par ceux-ci sans être inquiétés Beaucoup d’entre eux, si pas tous, sont à
la recherche par tous les moyens de l’argent pour les élections; ils n’ont
aucun souci de servir le peuple et le pays.
Ils donnent l’impression d’être des observateurs qui espèrent que la
communauté internationale va s’occuper du pays. Alors que les représentants de celle-ci
crient partout qu’ils ne peuvent ni développer le pays pour et à la place des
Congolais, ni réaliser l’Etat de droit pour et à la place des Congolais, ni assurer
la sécurité et construire la paix pour les Congolais; ceux-ci doivent les
faire eux-mêmes. La seule idéologie
commune aux dirigeants, c’est la croyance profonde que ce sont les puissances
occidentales qui décident sur qui doit accéder au pouvoir. S’il y a une éthique qu’ils suivent, c’est
celle de toujours paraître être en bons termes avec ces puissances. Même ceux qui, dans les rébellions,
croyaient que Kigali, Pretoria ou Kampala portaient les gens au pouvoir,
semblent avoir changé d’avis. L’absence de volonté
politique de renforcer la capacité étatique est manifeste par la réticence
des dirigeants d’activer l’intégration et la restructuration des forces
armées congolaises. L’état actuel des
choses semble être bénéfique à certains groupes qui freinent cette
reforme. Le Chef de l’Etat, plus
préoccupé de sa propre sécurité—on demande pour lui, par loi organique, une
garde présidentielle d’une Division—ne s’est rendu
ni à Bukavu, ni en Ituri, ni partout à l’Est où
persistent les tendances vers une guerre.
Sa présence là-bas forcerait le Gouvernement de renforcer la capacité
étatique là-bas. Il ne semble pas y
avoir une volonté politique pour le faire.
Il est difficile d’expliquer le recrutement, pour un perfectionnement
à l’Etranger, des officiers illettrés ou sans formation militaire
professionnelle préalable. Entre-temps, les
conditions misérables de vie de la population congolaise ne font que
s’empirer. Selon le ministre du Plan,
82% de la population sont en-dessous du seuil de la
pauvreté, soit vivant avec moins d’un dollar par jour. La grande population est chômeuse,
condition aggravée par le déplacement massif des personnes vers les villes;
les salaires modiques restent souvent impayés, pendant plusieurs mois. La scolarisation et les soins de santé sont
inaccessibles au plus grand nombre des gens.
La sécurité des personnes et des biens restent
toujours précaire. La gestion du pays
est demeurée chaotique et sans leadership réel et efficace. Rien n’a changé fondamentalement dans la manière
de gérer le pays par les dirigeants congolais. La population ne survit que de l’économie
informelle, des herbalistes—souvent charlatans-- et
par l’aide internationale qui ne vise même pas à apprendre aux gens de se
prendre en charge. Lors des manifestations
des jeunes de la capitale, le vendredi 04 juin 2004, on a découvert plusieurs
cartons d’argent dans certains sièges des partis politiques saccagés. Cela semble indiquer que le pouvoir en
place est maffieux, nuisible et inacceptable au peuple congolais. L’entretien de nos grandes ressources est
négligé: pendant 30 ans le sable qui influe sur le barrage d’Inga, par
exemple, n’a pas été enlevé, par exemple.
Pillé et abandonné, le Palais Présidentiel est laissé en ruines. Ceux qui gouvernent, semble-t-il,
organisent aussi la sortie clandestine, de notre pays, des ressources
minières stratégiques. Sans parler de
la ruine des forces humaines. On parle beaucoup de
l’absence d’une politique salariale.
On devrait dire que la politique salariale qui existe est proche d’un
esclavagisme d’Etat, c’est-à-dire une organisation des activités sur la base
d’un travail forcé, un système de corvée.
Alors que le rapport entre le salaire d’un Secrétaire général et celui
du huissier, dans la première République était de 1 à 10, il l’est
aujourd’hui de 1 à 200, quand les salaires sont payés. Dans tous les cas, le salariat n’est pas le
rapport de production dominant dans notre anti-économie. C’est le rapport patrimonial qui domine,
par lequel les personnes accomplissant les mêmes activités sont rémunérées
différemment. Le PPRD, dans ses
campagnes électorales anticipatives, distribue l’argent pour redorer son
blason. On ne peut qu’imaginer la
source de cet argent! A Kimpese, où les gens souffrent beaucoup, le PPRD a
distribué, en 1 jour, 2800 dollars aux femmes de marché, aux quados et kadaffis, etc. Les arrestations
arbitraires continuent. Atundu ou Mokia ont
certainement bien des choses à dire au sujet de leur séjour en prison. On parle aussi de l’élimination sommaire
des gens, notamment les alliés ou membres de la famille de Masasu. La
focalisation de l’attention sur l’Est du pays cache ce qui se passe même à la
capitale du pays où règne aussi l’insécurité. Le pays et sa
diplomatie La dimension internationale
de notre pays n’est pas maîtrisée. Les
rapports avec les pays voisins ne s’améliorent pas et ils sont marqués par
une méfiance presque maladive. Le
Rwanda, dont la population totale est identique à l’actuelle population de
Kinshasa, hante terriblement les esprits de nos dirigeants. Ce qui bloque les contacts directs entre
dirigeants supérieurs de deux pays.
L’hostilité est entretenue et apparemment trouvée bénéfique par
certains groupes. Une composante,
quelle qu’elle soit, ne peut bloquer les rapports d’Etat à Etat, sinon il
faut dire qu’il n’y a pas d’Etat.
Après tout, les dirigeants congolais se comportent comme s’ils
n’étaient que des dirigeants des composantes et entités. Celles-ci ne montrent pas du tout qu’elles
ont une vraie conception de l’Etat. Les rapports entre
notre pays et le Rwanda, le Congo-B, l’Ouganda sont
hostiles. L’Angola reste très
sceptique à l’égard de la RDC; les rapports entre la RDC et la République
Centrafricaine et la Zambie sont tièdes.
La Tanzanie se méfie de ce qui se passe en RDC. Le massacre de Gatumba
montre ce que sont les rapports entre la RDC et le Burundi. Le Rwanda et non la RDC participe dans
l’intervention humanitaire organisée par l’Union Africaine au Soudan. La RDC représente le
1/3 de la population totale de la sous-région de
l’Afrique centrale. Sa crise ne peut
qu’avoir un impact considérable sur cette sous-région. La déstabilisation politique de la RDC
rend celle-ci incapable de maîtriser les contradictions qui restructurent
l’axe de la sous-région des Grands Lacs, à savoir
l’antagonisme ethnique—parfois violent—dû au fonctionnement de l’Etat
discriminatoire soit dirigé par une minorité ethnique contrôlant les
appareils importants de l’Etat et contre la majorité ethnique tenue à l’oeil;
ou bien dirigé par une majorité ethnique refusant la protection des droits de
la minorité. La chute de la RDC dans
une logique semblable, c’est-à-dire, le fonctionnement discriminatoire
(contre certains groupes) de l’Etat ou la faiblesse de celui-ci exploitée,
comme ressource, de façon discriminatoire, contribue à l’aggravation de la
déstabilisation régionale. La position
géostratégique de la RDC, du fait de ce contexte, en fait le foyer de
déstabilisation de toute la région.
Cette chute se manifeste par exemple par la prise en charge des forces
extrêmistes comme les Interahamwe
et l’image des “Banyamulenge” dans la conscience publique. La RDC devait militer en faveur de la
résolution des conflits internes des pays voisins par des Dialogues InterRwandais, InterBurundais, InterOugandais, InterCongolais-B
ou InterSoudanais.
Le point de vue démocratique exige qu’un pays étranger ne doit pas choisir le camp qui doit diriger dans un autre
pays, mais appuyer l’intérêt de tout le peuple. La construction de la paix régionale
durable exige que l’intérêt de chaque peuple
retienne l’attention de la RDC. Un changement vers le
meilleur pour la RDC est toujours possible : c’est une question
d’engagement individuel et collectif La recherche de la
solution à la crise de la RDC doit être non seulement régionale, mais
intéresse au plus haut point la sécurité de toute la région. Il faut éviter, au sommet de l’Etat, de
tomber dans la logique oppositionnelle Hutu/Tutsi, par exemple, qui
caractérise la dynamique Rwandaise et Burundaise, et qui fait focaliser la
recherche sur le Rwanda. Il faut
inventer une diplomatie positive ouverte sur tous les axes de l’Afrique
Centrale. Les neuf pays qui entourent
la RDC ont certainement plusieurs choses en commun avec la RDC sur la base
desquelles la coopération dans la recherche de la solution à nos crises
respectives peut et doit se faire. Il
faut éviter que les forces partisanes frontalières prennent les Etats en
otage et empêchent les rapports positifs d’Etat à Etat. Il faut aider à l’épanouissement des
rapports de peuple à peuple dans toute la région. C’est cela qui facilitera la détermination
de l’articulation positive entre notre intérêt national et ceux des pays
voisins. La conscience régionale
basée sur cette articulation renforcerait la ténue et le suivi des résultats de la Conférence internationale
sur la région des Grands Lacs. Elle
corrigerait de façon bénéfique le paternalisme, parfois encombrant, de la
communauté internationale. Lorsqu’une nation est
agressée, elle se focalise, comme intérêt public général, sur la formation et
la consolidation de la contre-attaque pouvant repousser les agresseurs. Priorité est donnée au développement de la
capacité des forces militaires et sécuritaires; et une aristocratie militaire
professionnelle se développe et assure le leadership du pays jusqu’à ce que
soit détruite complètement l’agression.
Depuis plus de cinq ans, qu’on nous parle de l’agression dont notre
pays est victime; aucun vrai leadership ne se manifeste soit pour une mobilisation
générale de la population pour résister à l’agression extérieure, soit pour
la mise en place d’une vraie armée disciplinée et professionnelle. Il faut d’abord
nettoyer sa maison avant de visiter celles des autres. On peut dire la même chose pour sa sous-région avant d’aller visiter les autres sous-régions.
L’oubli de cette vérité fait que la RDC se fait facilement l’objet de
traitement par des puissances dans l’isolation relative de ses voisins. Et
ceux-ci peuvent être utilisés contre la RDC.
La RDC n’a-t-elle pas les mêmes ‘partenaires’ que ceux de ses présumés
agresseurs? Qui bénéficient des
antagonismes entre pays voisins? Le CIAT et la MONUC formant presque un
double pouvoir de la RDC, il est très difficile pour notre gouvernement
d’organiser une vraie diplomatie. Le
rapport fait par la MONUC au Conseil de Sécurité sur la RDC peut avoir un
intérêt plus grand que celui fait par notre ministre des affaires étrangères.
C’est une matière à réflexion! Il est clair que les dirigeants
ne gouvernent qu’eux-mêmes et pour des intérêts de très court terme. Alors que le passé a été triste, le présent
semble préoccupant et l’avenir très incertain. La rue ne gouverne pas, mais l’actuel
gouvernement pousse la rue à s’exprimer.
Il n’est jamais trop tard d’inventer les possibles de sortie de la
situation, surtout quand il y a de la volonté politique, de la compassion
pour le peuple , de l’amour de la justice et la
vision d’un futur meilleur. Il est
triste de noter que les dirigeants agissent non pas en regardant derrière
leurs épaules pour l’assentiment populaire, mais en levant uniquement les
yeux vers les montagnes des puissances occidentales pour l’approbation
éventuelle. C’est le CIAT qui assure
véritablement le leadership de la transition.
Ne serait-il pas mieux, pour la clarté des responsabilités
respectives, de déclarer officiellement que le pays est sous-tutelle
des Nations-Unies? Que faire pour sortir
de cette situation? Voici quelques
indications pour sortir de la situation.:
Ce sont là des amorces
d’idées pour aider l’inventivité politique requise pour sortir de la
situation. Les idées sont des guides à
l’action. Il est vrai aussi qu’une vraie pensée change le monde plus qu’elle
ne le comprend. Comme disent les ne-Kongo, “on ne
peut forcer une tortue à grimper l’arbre”; nous ne pouvons pas forcer les
dirigeants, peu enclins à changer, de le faire. A bon entendeur salut! Prof.
ERNEST WAMBA DIA WAMBA Kinshasa le 29
septembre 2004. Modifié, le 10 octobre 2004. |