In Mémorial

Son Eminence Emile Biayenda

sa vie ecclésiastique et son assassinat

 

A l’occasion du 28ème anniversaire de son « décès »

(22   mars 1977  -  22  mars 2005)

 « … Dans l’histoire du Congo se sont dressés déjà des témoins fidèles, fidèles à leur Dieu, fidèles au message évangélique, fidèles à l’Église universelle et à l’enseignement du Pape. Je veux rendre grâce aussi pour eux tous, et spécialement pour l’exemple laissé par le cher et vénéré Cardinal Emile Biayenda. Sa disparition tragique vous a fait pleurer un père. J’ai pleuré moi-même un frère très aimé. Je viens le pleurer et prier ici, sur sa tombe, au milieu de vous, avec vous, sûr que si le Christ a désiré qu’il fût désormais auprès de lui, c’est que sa place était prête pour l’éternité , et qu’il peut ainsi mieux encore intercéder pour vous et pour sa patrie. En ce sens, son ministère pastoral se poursuit à votre service. Béni sois-tu, Seigneur, de nous avoir donné ce Pasteur, ce fils de là Nation Congolaise et de l’Église, le Cardinal Biayenda !... »

Pape Jean Paul II, le 5 Mai 1980

dans la cathédrale de Brazzaville

Congo

Son Eminence Emile Biayenda (1927 – 1977)

Premier et dernier Cardinal dans l’histoire du Congo Brazzaville

                                                         

Le  cardinal  Emile Biayenda est né en 1927 dans  le  district de vindza, la région du Pool. Fils de  Semo Dia Boma  et  de   Biyela bia Milongo, le jeune Emile commença ses études primaires à Pangala en 1935 pour les terminer à la mission catholique de Kindamba (1937 - 1942). Après, il poursuivit ses études  à la mission catholique de Boundji (1942 - 1944).

 

De 1944 à 1950, il entre au petit séminaire Saint Paul de Mbamou. Feu Mgr Barthelemy Batantou témoigna que le jeune Emile était très doux, docile et obéissant. Il avait un sens élevé de respect sur ce qui l’entourait jusqu’au point où il ne pouvait même pas écraser une mouche. Son obéissance lui valut le surnom de “ mundele a lobi il faut obéir”.

 

De 1950 a 1958 il est au Grand Séminaire Libermann de Brazzaville (ndlr : actuellement Moyen séminaire  Saint Jean ) pour  des études de philosophie et de théologie

 

Le 26 octobre 1958 il est ordonné  prêtre par son Excellence Michel Bernard. Son premier poste est la paroisse Sainte Marie de Ouenze/Brazzaville, dont il devint le vicaire en août 1959.

 

Pendant la période de mars 1962 a juillet 1965, l’abbé Emile Biayenda est en charge de la paroisse Jean Marie Vianney de Mouleke. Il y supervise la construction de l’église, et y sera nommé curé. En plus de  cette  charge, il est responsable diocésain de la légion de marie de 1960 a 1965. C’est durant cette période du mouvement marial que l’église n’est plus vue d’un bon oeil par certains politiciens. La vie ecclésiastique subit des attaques de la part du gouvernement. Les archives retracent les tortures qu’ont subies Emile Biayenda. Ses compères l’abbé Louis Badila et le père Robyr de la congrégation du Saint Esprit ne furent pas épargnés.

 

En octobre 1965, l’abbé Emile Biayenda se rend aux facultés catholiques de Lyon compléter sa formation. En 1969, il y termine ses études avec une licence en théologie et un doctorat en sociologie.

 

De retour à Brazzaville en mai 1969, il est nommé vicaire a la paroisse Saint Esprit de Moungali. Le 18 fevrier1970, il devient vicaire épiscopal chargé de la coordination entre les diverses oeuvres d’apostolat et commissions diocésaines. le 7 mars de la même année, l’abbé Emile Biayenda est nommé archevêque coadjuteur avec droit de succession. Il est ordonné évêque à Rome le 17 mai 1970 par monseigneur Pignedoli, alors  secrétaire général de la congrégation pour l ‘évangélisation des peuples.

A la mort de monseigneur Théophile Mbemba, le 14 juin 1971, il occupe le siège métropolitain de Brazzaville.

 

Le Vendredi 2 février 1973, il est élevé cardinal par le pape Paul VI  qui lui impose la barrette cardinalice le 5 mai de la même année a Rome.

 

Lors de son retour à Brazzaville le 9 mai 1973, toute la chrétienté lui réserve un  accueil très chaleureux. Le 20 mai 1973 il célèbre sa messe d’action de grâce au stade Eboue, entouré du Cardinal Malula, du délègue apostolique Monseigneur Tagliaferri, des évêques d’Afrique et du Congo dont  Mgr Auguste Roch Nkounkou prélat de sa sainteté  et  de nombreux  prêtres. Malgré la grande pluie qui s’était abattue sur la ville, le stade était  plein a craquer des fidèles venus du monde entier.

 

 

Durant sa vie ecclésiastique, l’église et lui-même ont été victimes des coups et contrecoups des luttes politiques auxquelles il a été totalement étranger. Il portera durement pendant plusieurs années, les marques des tortures de la prison du système marxiste-léniniste. Et ceci jusqu'à son assassinat par le régime en 1977.

 

Le  18 mars 1977, Cardinal Biayenda s’entretient avec le chef d’état congolais, le président Marien  Ngouabi, sur des questions relatives à l’église du congo. Après l’entretien, le cardinal retournera à son domicile. Et quelques heures après, le président Marien Ngouabi sera assassiné.  L’histoire se souviendra de la semaine rouge qui s’en est suivie. Une semaine sanglante au cours de laquelle de nombreuses personnalités - choisies sur le plausible critère d’appartenance à la même ethnie que le cardinal Biayenda, ou disons originaire de la région du Pool - seront arrêtés. Parmi ces personnalités, Alphonse Massambat Debat, ancien président de la république congolaise. Ils furent exécutés sommairement, après des procès camouflés.

 

C’est dans  ce contexte  de violence politique, imposée unilatéralement par les commanditaires du coup d’Etat du 18 mars, que le soir du 22 mars, un véhicule land rover s’arrêtera devant la résidence du cardinal considéré comme témoin gênant . Deux  hommes descendirent et communiquèrent au cardinal  que le comité militaire désirait le voir. Le cardinal monta à bord de leur véhicule, qui prit la direction de l’Etat Major de l’armée. A l’Etat Major, une voiture Peugeot 504 les interceptera et  va les demander de se rendre chez SASSOU NGUESSO. Et c’était le voyage de non retour  (Lire : Emile Biayenda,  par Adolphe Tsiakaka. Edition du signe, 1999).

 

Le lendemain, le commandant Sassou Nguesso annonça la mort du Cardinal Biayenda. Il accusa les plus proches parents du président Marien Ngouabi d’avoir assassiné Biayenda à titre de vengeance. Mais une déclaration de la famille du président assassiné, Marien Ngouabi, avait rejeté cette accusation.

 

Le dossier de l’assassinat odieux fut déballé la conférence nationale souveraine du Congo. Il y eut des demi- vérités et des contres vérités.  Au cours des débats, un soldat, Sergent Manoye, qui s’est dit avoir été parmi les ravisseurs raconta devant un auditoire silencieux qu’après avoir enlevé son éminence le cardinal Biayenda, ils s’étaient rendu au domicile de Joachim Yhomby Opango, chef du comité militaire du parti. Et que ce n’est que par la suite ils en ressortirent pour conduire le très doux prélat à son lieu de supplice.

 

L’Assassinat du cardinal Emile Biayenda demeure une énigme de l’histoire du Congo. Mort il y a de cela 28 ans, sa cause de béatification  a été  introduite. Pour mémoire, lisons cet extrait :

« A tous nos frères croyants, du nord, du centre et du sud, nous demandons beaucoup de calme, de fraternité et de confiance en Dieu, père de toutes tribus, afin qu’aucun geste déraisonnable ne puisse compromettre un climat de paix que nous souhaitons tous. » furent les mots de l’adresse du Cardinal Biayenda à tous les fidèles durant la période du coup d’Etat, peu avant son enlèvement et exécution.

 

Ce message reste terriblement d’actualité, avec une guerre  en 1993, une guerre en 1997, une encore en 1998 et toujours quelques soubresauts dans la région  originaire  du cardinal, la région martyre du Pool. Et nous y a ajoutons également les quartiers sud de Brazzaville : Makelekele et Bacongo  constamment ciblés par le régimes depuis 1977, à l’exception de la période démocratique qui a suivi la conférence nationale.

 

D- Christian Bouetoumoussa

Stavanger (Norvège)

Février 2005

 

BIBLIOGRAPHIE:

1.        « Emile Biayenda, Grandeur D’un Humble » Par Adolphe  Tsiakaka, Editions Du Signe, 1999.

2.        « Assassinats politiques au Congo-Brazzaville : Rapport de la Commission Ad'hoc de la Conférence Nationale Souveraine ». Jean-Claude Mayima-Mbemba, Editions ICES, 1991

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D’autres informations sont disponibles dans le domaine publique (sur le  web) :

1. http://www.rezoweb.com/forum/politique/brazzamfoayikoba/325.shtml

2. http://www.union-congo.org/sassou01.html

3. http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/speeches/1980/may/documents/hf_jp-ii_spe_19800505_brazzaville-congo_fr.html

4. http://www.ucu.edu.ua/fr/seminars/2004/martyrs/coudray/

5. http://www.afriquespoir.com/cibles/page8.html

6. http://people.africadatabase.org/en/person/4244.html

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