NSIMBA VITA BEATRICE ET LE MOUVEMENT DE L'ANTONIANISME

 

 

Pendant que les missionnaires capucins se démenaient pur la réunification de royaume du Kongo à leur manière, une jeune fille kongolaise< > de vingt ans allait jouer un rôle important dans la restauration et< > l'apaisement de la conscience d'un peuple traumatisé par les intrigues< > portugaises.

 

 

NSIMBA VITA (Donna béatrice de son nom de baptême) appartenait à l'aristocratie kongolaise. En 1704, elle fut morte et ressuscitée. En vision ou en songe, elle vit Saint Antoine qui lui donna des ordres pour la restauration de Mbanza-Kongo.

 

Bernardo da gallo en témoigne: "Elle prétendait être morte d'une grave maladie et avoir été ressuscité; Saint Antoine (1) en personne était entré dans sa tête. Elle n'était plus elle -même mais Saint Antoine , et devait accomplir sa mission.

 

C'était sur l'injonction de St-Antoine, disait-elle, qu'elle était envoyée au roi pour lui ordonner ainsi qu'au peuple de se soulever pour restaurer Sâo-Salvador et l'unité du royaume"  La mission de la prophétesse était de prêcher la restauration du royaume détruit. Sa prédication était une protestation contre l'Eglise catholique qu'elle jugeait complice de la destruction du kongo.

 

La prédication de NSIMBA VITA présente des aspects intéressants; premièrement la réaction contre l'Eglise catholique: elle accusait "le père bernardo da Gallo de ne pas vouloir, par jalousie, reconnaître qu'il y avait des saints au Kongo et le menaçait de sanctions s'il ne voulait pas obliger le roi à se mettre en campagne pour restaurer Sâo-Salvador et établir l'unité de royaume"(2) Les missionnaires catholiques étaient responsables de l'anarchie survenue dans le royaume du Kongo. Il n'y avait pas que les kongolais qui étaient partagés entre le clan Kinlaza et Kimpanzu. Les missionnaires aussi, selon qu'ils se faisaient les soutiens de l'un ou de l'autre clan.

 

D'après le père De Lucques, tandis que le père Francisco de Pavia, préfet apostolique, se démenait en vue de faire triompher la cause du roi Pedro IV Mpanzu a Mvemba de kibangu, le père Lucques de Caltanisetta de son côté, "s'efforcait de faire connaître et couronner roi D.Joâo qui résidait à Embula.

 

Mais rien ne se fit à cause de la peur qu'eut le roi. Il craignait qu'en allant à la capitale, il ne lui arrive ce qui était arrivé à d'autres, c'est-à-dire, d'y laisser la vie"(3) Le mouvement de pacification mené par Nsimba Vita ne pouvait en aucun cas plaire aux missionnaires qui s'occupaient aussi de cette tâche à leur façon, eux dont les abus étaient vivement dénoncés par la croisade de la prophétesse Nsimba vita béatrice. Le père Bernardo da Gallo qui surveillait de près la situation politique à Kibangu ne pouvait tolérer les prédications de la Kongolaise qui était appuyée par le roi Pedro IV.

 

Si le père bernardo da Gallo avait été à Kibangu pour le bien des Kongolais, la meilleurs politique pour lui , la seule vraiment opportune, aurait été de se mêler en quelque sorte au mouvement populaire de restauration, pour en prévenir les excès et pour imposer prudement les limites de la justice. Nsimba Vita critiquait le missionnaire ( Bernardo da Ballo) de ne pas collaborer à cette oeuvre(4).

 

Deuxièmement, nous rencontrons ici la lutte de Nsimba Vita contre le syncrétisme. Elle luttait contre le pouvoir magique attribué à la croix ou au crucifix de Jésus Christ qui devait servir à l'homme pour la libération de son péché. Pour valoriser la croix de Jésus, la prophétesse "rétablit à la place du pardon des péchés par la croix, l'ancienne cérémonie de purification au cours de laquelle on s'exposait à la pluie(5).

 

Troisièmement, la prophétesse était axée sur la prospérité de son pays. Elle entra avec ses partisans nationalistes dans la ville de Mbanza-Kongo abandonnée. Jadi .L. témoigne que la prophétesse "procède à la reconstruction de la capitale et s'associa à Pedro Constantino le chibenga, capitaine général du royaume, qui se proclama définitivement en révolte contre le roi Pedro IV(6). Les troupes de la prophétesse kongolaise prêchaient partout, au nom du Christ et de la vierge Marie, la paix et l'unité. Aux noms de ce même Christ et de la même vierge, "ils invitaient les grands du pays à se réunir à Mbanza-Kongo pour restaurer le royaume.

 

Ils ne cessaient de répéter que leurs compétitions pour le pouvoir royal provoqueraient la colère de tous ceux qui régnaient par ambition"(7).

 

Mais puisque le plan conçu d'avance était de déstabiliser le Kongo pour faire régner les favoris de Portugais, prêtres et colons se démèneront pour aussi paralyser le plan de restauration entrepris par la Kongolaise hors du circuit ecclésiastico-colonial.

 

Dr.DISILA

 

(1)Da Gallo; Bernardo dans JADINL, opt.cit, p115< > (2) Jadin .L. opt.cit. p116< > (3) Cuvellier.J; (Mgr) relations sur le père Laurent de Lucques,< > opt.cit.p223-224