La responsabilité morale de l’élite congolaise dans un processus de
démocratisation du pays
Dans une démocratie naissante, les leaders politiques , l’élite intellectuelle, les autorités religieuses, les notables coutumiers et les artistes doivent agir en fonction d’une certaine exigence morale bien définie. De tous les systèmes politiques appliqués dans le monde, seule la démocratie exige une responsabilité accrue , de la part de la classe dirigeante (politiciens, membres de l’intelligentsia, les religieux)..Certes, certains dirigeants politiques n’aiment point recevoir des leçons d’éthique ou de morale. Cependant, compte tenu de l’imbroglio politique qui existe actuellement en République Démocratique du Congo, je m’autorise le droit de rappeler à tous ceux qui se sentiront visés par mes critiques constructives, cette pensée romaine « la patrie se trouve là où existe la liberté ».Je peux compléter en y ajoutant ce déterminant « la liberté d’opinions , de critique, de concevoir d’autres théories ».L’intelligentsia et la classe politique congolaise doivent sortir la jeunesse de l’ignorance de l’obscurantisme et doivent lui enseigner la valeur de la liberté, les vertus de la démocratie et la quintessence de la justice sociale. Autrement dit, elles ont l’obligation morale d’apprendre à cette jeunesse les droits individuels, les obligations sociales, les attributs de la tolérance et les droits civiques.
Avec le multipartisme approximatif, une étape
politique a été franchie mais elle est insuffisante car le Congo n’est encore
une vraie démocratie. L’opposition
radicale au régime de Kabila Junior et la rébellion n’ont pas fourni des
outils pédagogiques pour apprendre au peuple, l’essence même d’une vraie
démocratie. Cette communication vers le peuple ,vers la jeunesse a tellement
échoué qu’on a assisté à une « babélisation » du paysage politique
national (ppn).Par ailleurs, l’échec annoncé ou probable d’une transition
politique entraînerait sans doute, notre pays vers une impasse aux conséquences
multiples (blocage des institutions, isolement diplomatique du pays,
désengagement des investisseurs, insécurité, retour de l’aventurisme politique,
marasme profond de l’économie, paupérisation accrue des classes sociales
défavorisées, fuite des cerveaux , exode des jeunes vers d’autres pays).
Face à cette incertitude politique, il faut à
tout prix, opposer la raison politique et la responsabilité individuelle à
l’aventurisme ou à la divagation
politique d’une certaine élite politique. Le Congo ne saurait devenir un
Etat-croupion de l’Afrique où les micro- tribalismes, le conflit des chefs , le
fanatisme ou l’intégrisme religieux ,le libéralisme sauvage et
l’individualisme priveraient
l’ascension de son peuple au sommet de l’Humanité contemporaine. En revanche,
il doit devenir une vraie démocratie grâce au civisme de sa classe politique et
à l’esprit critique de son élite intellectuelle. Celle-ci permettrait à notre
pays de devenir une patrie honorable .Dans le même ordre d’idées , la période
post- transition devra empêcher la classe politique d’ouvrir une nouvelle boîte
de Pandore où s’échapperaient tous les maux de la société congolaise :
corruption, clientélisme, oppression, tribalisme, comportement mafieux…
Dans un système démocratique, tel qu’on le
voit en Occident , le peuple refuse un président velléitaire, un opposant
revanchard, des ministres incompétents, des technocrates trop ambitieux. Il
doit au contraire se réserver le droit de gérer la liberté d’opinions sans porter atteinte à la défense de
l’intérêt collectif. L’intelligentsia
ou l’élite intellectuelle , par sa contribution informative, critique
devra soigner la qualité de ses
rapports avec le pouvoir, devra soigner la qualité de ses écrits, de ses
réflexions, de ses recommandations car sa médiocrité lasserait l’opinion
populaire et dérouterait les esprits faiblement instruits. L’élite devra
corriger à chaque instant les erreurs d’une politique ou dénoncer la confiscation du pouvoir par un cartel de
conseillers de la Présidence.
Cette élite congolaise doit évaluer
constamment le processus de démocratisation du pays tout en dénoçant le double
danger permanent que court n’importe quelle démocratie dans le monde. Ce danger est que les gouvernants
abusent toujours de leur pouvoir et que leur faiblesse provoque toujours une
anarchie désastreuse pour les citoyens. Par conséquent,, avant
d’éduquer le peuple aux vertus de la démocratie , les intellectuels
congolais doivent ,d’abord s’en
approprier , ensuite ils formeront les leaders politiques à culture démocratique.
Ils doivent bonifier et repenser la formation politique des cadres actuels et
futurs des partis sans retomber dans les erreurs du pédantisme idéologique.
Leur production intellectuelle ne doit point viser uniquement une élite réduite
du parti au pouvoir, elle doit être diffuse et filtrante à travers toutes les
couches sociales. Leur esprit critique doit consolider les convictions
démocratiques des citoyens peu instruits, des responsables politiques dépourvus
d’une culture démocratique. Celle-ci doit pénétrer la classe politique jusqu'à
leur for intérieur car la puissance politiques est toujours génératrice de
toutes les autres. A l’instar de l’homme politique arriviste,
l’intellectuel congolais non-démocrate est un déclamateur
d’idéologies importées, plus redoutable
que les canons des Forces Armées Congolaises .Il promulgue de bons
conseils pour défendre des intérêts
privés qui s’avèrent inadaptés à la défense de l’intérêt collectif général.
Loin de gagner du terrain dans l’opinion
congolaise , l’opposition non armée et l’opposition armée, ne cessent d’attiser
la haine des démocrates .Parallèlement, les autorités actuelles n’arrivent pas
sceller un partenariat sincère avec des congolais de la diaspora formés à
l’école démocratique occidentale .Non seulement, ces derniers ont acquis la maîtrise des idées
démocratiques mais également ils en sont imprégnées. On voit , alors ,
poindre à l’horizon une collaboration ou une cohabitation politique entre l’ancienne génération (formée à
l’école mobutienne ) et la nouvelle
génération .Les anciens politiciens ne doivent pas être aigris en interdisant
toute possibilité de réconciliation et d’ouverture . Ils doivent pas craindre
la justice…Ils doivent assumer avec dignité leurs erreurs et leurs crimes. Au
moment où certains d’entre eux , arrivent à la fin de leur vie, ils doivent
faire leur bilan en terme de responsabilité morale et responsabilité pénale.
Ils doivent tirer leur révérence , en se retirant graduellement de la vie politique tout servant des conseillers
aux jeunes .Les plus sages comprendront le processus du renouvellement de
génération politique. D’autres pro-mobutistes , déconcertés par les souvenir du
mobutisme, remplaceront leur peur de perdre leur statut social de politicien à
vie, par l agressivité, par l’oppression ou par l ‘affairisme
machiavélique. Les intellectuels
corporatistes , quant eux,
multiplient des discours contradictoires et
font du juridisme sur les fondements de la 3 ème République, tout en oubliant
les réels besoins du peuple paupérisé ou chosifié.
Si,
en première analyse , il apparaît que la classe politique et l’élite intellectuelle agissent sans
tenir compte d’un certains préceptes moraux ,il n’en demeure pas moins vrai que
la méfiance du peuple d’en bas, à
l’égard de la haute politique et de la haute finance congolaise deviendra
légitime. En réalité, au Congo , la classe politique et élite intellectuelle
sont liées par le principe de vases communicants :généralement la première
est un sous-ensemble de l’intelligentsia , qui loue ses services à la
technostructure qui détient le pouvoir exécutif et militaire. Les époques ont
changé, le peuple a goûté aux délices de la démocratie. L’élite intellectuelle
et la classe dirigeante doivent répondre aux attentes des jeunes chômeurs, des
adultes retraités et des personnes âgées malades. Sinon , après la guerre d’invasion,
le peuple se révoltera contre la pensée unique de l’ancienne génération,
il déboutera les leaders de l’opposition. Il restera ferme contre les lois
injustes, contre la politesse qui humilie, contre les discours démagogiques,
contre populisme sectaro-religieux, contre la pédagogie élitiste inadaptée aux
réalités du pays, contre les effets non maîtrisés de la mondialisation, contre
le libéralisme inhumain , contre la nouvelle oligarchie post-mobutienne. Que toute l’élite congolaise médite sur sa responsabilité
morale face au pouvoir et sur sa mutation structurelle dans un pays
en déficit de culture démocratique.
Par
LUKAU TSHANG, consultant
Indépendant , Poitiers (France) , le
7 juillet 2002, e-mail :plukau1@caramail.com