Depuis le 3 juin, le train de Matadi avance à son rythme, avec à
son bord une soixantaine d'experts du Mouvement de libération du Congo
(MLC), du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/ML et RCD/N),
du Gouvernement de Kinshasa, de la Société civile et des partis
de l'opposition non armée.L'option de la guerre ayant été
rejetée, personne ne voudrait assumer la lourde responsabilité
d'un déraillement toujours possible de ce train qui incarne la lisière
d'espoir restant du peuple congolais, désabusé par les résultats
mitigés récoltés à la rencontre de la dernière
chance à Sun City (RSA).Alors que le pays se trouve au bord du gouffre,
le Dialogue intercongolais, comme plusieurs rencontres nationales de telle
ampleur, vient d'échouer. Non pas parce que le Congolais n'est pas
doté de l'art des négociations. Mais parce que, au plus haut
point, ces assises ont été sujettes à plusieurs hypothèques
connues sur lesquelles on n'aimerait pas revenir. Les projecteurs de l'actualité
étant tournés vers la ville portuaire de Matadi.Reste à
savoir si de l'échec récolté à des milliers de
kilomètres au pays de Mandela dont le nom reste d'ailleurs gravé
au marbre de la transition des négociations, les dialogueurs congolais
peuvent aboutir à de succès éclatants sur le territoire
national ou chef-lieu de la province du Bas-Congo. Le bon sens et une analyse
lucide de l'histoire récente de l'ex-Zaïre se prétend
à la négative. Car l'essentiel, en cette période cruciale,
n'est pas d'élaborer un texte, mais surtout de sa mise en application
au profit de l'intérêt supérieur de la Nation.
Matadi n'est pas Sun City II.
Déjà dans son édition du vendredi dernier, le quotidien
« Le Communicateur » a donné de la voix aux pessimistes:
"Mais si, par extraordinaire, l'unanimité se dégageait pour
la première fois à Matadi », l'application des résolutions
décidées pourtant de commun accord posera tant de problèmes
que le pays en arrivera ou du déjà vu de 1960 entre Lumumba
et Kasa-Vubu et/ou de 1993 entre Mobutu et Tshisekedi. Les failles de la
loi fondamentale, d'émanation coloniale, ne sont pas étrangères
à cette première crise. On avait un Premier ministre issu de
sa légitimité parlementaire face à un Président
de la République désigné par le colon. Le deuxième
scénario présente un Premier ministre élu par le peuple
(ex-Zaïrois) réuni à la Conférence nationale souveraine
(CNS) et dont la quasi totalité des participants ont voulu que Mobutu
fut un chef de l'Etat qui régnât mais ne gouvernât pas.Les
quelques 2.000 participants à la CNS ont travaillé pendant
dix-huit mois pour adopter un texte constitutionnel destiné, en fait,
à assurer une cohabitation (pacifique) entre Mobutu Sese Seko et Etienne
Tshisekedi, leader de l'Union sacrée de l'opposition et alliés
(Usoral). On se rappelle encore cette fameuse phrase : « Le Premier
ministre devra sortir de la famille autre que celle du Chef de l'Etat ».
C'était la belle époque chaude de la bipolarité de la
classe politique. Et l'Acte constitutionnel de la transition sorti de la
CNS n'a pas fait long feu avant d'être harmonisé.Il y a certes
des faits l'histoire des peuples qui se ressemblent mais ne se répètent
pas. Parce que, dit-on, autres temps, autres moeurs. On se trouve devant
des cas similaires mais dans des circonstances totalement différentes.
Les erreurs contenues dans l'accord-cadre, auquel les rédacteurs de
la Charte de la transition devront se référer, expliquent les
blocages successifs au démarrage du train de Matadi.
La grosse hypothèque.
La grande hypothèque des travaux de Matadi demeure le fait qu'à
Sun City (comme à la CNS), n'a personnalisé l'Accord-cadre
au lieu de plancher sur les principes directeurs. Cet accord conclu entre
les délégués du MLC et du gouvernement, avant d'obtenir
à la va vite l'adhésion des autres signa:aires, désigne
nommément le Président et le Premier ministre de la transition
Joseph Kabila et J.P. Bemba. Sans faire de même pour les autres composantes
à la tête d'autres institutions.Depuis lois, le gouvernement
et le MLC tiennent à la remarque, les autres adhérents à
l'Accord le comble c'est que les ombres de deux leaders du camp de la patrie
planent sur la ville portuaire.Comme à l'époque de la bipolarité
des faits, les experts risquent de rédiger un texte taillé
sur mesure de deux personnalités, frères ennemis d'hier appelés
à cohabiter. A ce prix, ça sera un accord-cadre bis et non
la loi des lois, opposable à tous les Congolais. Le contraire absolu
du compromis de l'Hôtel Cascades de Sun Village qui, selon son article
21, engage les parties à compter de la date de sa signature.Ainsi,
le problème de quotas ne devrait pas se poser avec telle passion dans
une équipe technique de rédacteurs de la Constitution de la
transition, au point de porter entrave au déroulement des travaux.
Aux prétentions triomphalistes des uns s'oppose la lutte pour le repositionnement
des autres.« Une constitution dans tous les pays du monde est impersonnelle,
neutre », a reconnu un des rédacteurs de la Charte, Me Gérard
Kamanda. Ce qui n'a pas été compris dès le départ.
Parce qu'on continue à se bousculer à la porte. Si à
Sun City, le blocage était lié à la liste additionnelle
de l'opposition politique, à Matadi on discute sur la représentativité
du RCD/ML et N ainsi que de la Société civile. Il n'y a pas
de garanties de l'impersonnalité de la Charte en gestation. Une grosse
hypothèque!
Mukulumanya ne veut plus en parler
Les rédacteurs vont choisir la formule appropriée à
place dans la préambule de la charte en élaboration. Car, ils
sont à Matadi en tant que délégués des composantes
signataires de l'Accord politique de Sun Village. Et l'acte qu'ils doivent
mettre sur pied est censé engage les non signataires et tous les anonymes
congolais qui ne se reconnaissent dans aucune des composantes. Ce qui est
son, c'est qu'ils feront référence à cet accord politique
partiel. Mais l'urgence de la poursuite des négociations entre congolais
en vue d'un Accord global qui puisse garantir l'inclusivité de la
constitution de la transition.Contacté à cet effet par le quotidien
Le Communicateur, Mukulumanya Wa N'gate dont les thèses pessimistes
sur le processus du Dialogue intercongolais ne vérifient au fil de
I'actualité, s'est refusé à tout commentaire. L'ancien
journaliste, vice-ministre des Affaires étrangères et vice-président
national du Mouvement populaire de la révolution (Mpr) s'estime déçu
par la dérive de la classe politique congolaise qui n'a cessé
de tourné en rond.Laissant entendre après insistance qu'au
regard de la qualité d'experts chargé de l'élaboration
de la Charte constitutionnelle de la transition..., ceux là même
qui ont été à la base du gâchis congolais ou qui
ont livré le pays aux envahisseurs étrangers, il y a de quoi
émettre de réserves quant à l'après Matadi. Beaucoup
de participants, sans expertise requise, n'ont été retenus
qu'en leur seule qualité de représentant des composantes concernées
à cette matière hautement technique. « Ces mêmes
personnalités politiques ont été au rendez-vous marquant
dans la recherche de la paix, qui n'ont rien apporté ». Le cas
de Sun City en est éloquent.Le vice-président du Mpr se met
au dessus de la mêlée et préfère observer le silence
étant donné la médiocrité de la classe politique
congolaise décriée par les médiocres eux-mêmes.
L'autre aspect du mal congolais qu'il relève à trait à
l'inconscience des activistes politiques. Notre classe politique ne s'émeut
pas face à la gravité de la situation actuelle. On traite avec
une légèreté coupable cette crise dont la gravité
devrait pourtant interpeller la conscience de tous en vue du rétablissement
de la paix et la réconciliation nationale.Mukulumanya Wa N'Gate déplore
l'opportunisme et l'incompétence caractéristiques des opérateurs
politiques congolais. « L'incompétence, parce qu'ils veulent
être de tous les rendez-vous même sans en connaître les
méandres »
Freddy Lufulwabo | Le Communicateur