L'histoire va-t-elle se répéter?
(par Andrew Wamba, Boston, USA)
[Adoption d'un Etat Fédéré]. Dans une étude
rédigée le 24 août 1959, A Stenmans, sécrétaire
du gouvernement, envisageait les avantages et les inconvenients du fédéralisme.
A cette date, seules les provinces les moins évoluées d'Equateur,
d'Orientale et du Kasai restent fermement attachees aux thèses unitaires.
Ailleurs, sous l'influence des colons (Kivu, Katanga), ou de particularismes
propres a une region plus évoluée (Bas-Congo), la these federalistes
risque de l'emporter. Dès lors, il n'est plus question de conserver
la structure administrative de la période coloniale: "La question
se pose aujourd'hui de savoir s'il faut faire du Congo un Etat unitaire
decentralisé ou s'il faut lui conferer la structure politique d'un
Etat fédéral."
Le choix dépend surtout des dirigeants de l'Abako qui depuis trois ans, refusent le dialogue avec l'administration : si les dirigeants de l'ABAKO acceptent de discuter un compromis sur l'avenir du Congo avec l'administration belge, elle se ralliera au fédéralisme. De toutes facons, la secession du Bas-Congo doit etre evitee a tout prix : elle porterait atteinte aux interets economiques de l'imperialisme en le privant d'un de ses debouches sur l'ocean, provoquerait la secession du Katanga et la dislocation en chaine du Congo, tout en dressant contre la Belgique les provinces unitaires.
Par contre, si la Belgique ne parvenait pas à engager le dialogue
necessaire a la decolonisation, il faudrait prendre de vitesse l'ABAKO
en dotant le Congo d'institutions politiques et d'un gouvernement central
le plus vite possible, des 1960 : "Devant une telle situation, la mise
en place d'un appareil politique complet sauvegarderait mieux les chances
de la Belgique d'etablir avec le Congo un regime de communauté qu'un
processus plus lent conduisant presque ineluctablement a une situation
anarchique et révolutionnaire dans les centres importants du pays."
En effet, la secession du Bas-Congo entrainant celle du Katanga et la
formation d'un gouvernement dans les autres provinces, la Belgique "courrait
le plus grand risque d'etre eliminee du Congo en un minimum de temps...
sauf a s'engager dans une politique de force par les armes. J'ecarte cette
possibilite, car elle prongerait le Congo dans une situation de type algérien
qui ne resoudrait rien."
Aussitot, le gouverneur du Congo par interim, M. Scholler, se rallia
a ces idees: "Le Moyen et le Bas-congo sont des régions vitales
du Congo. On y est en période pre-revolutionnaire. On n'en est pas
encore au terrorisme, mais je suis convaincu qu'on en est très pres.
La reconnaissance du principe de l'Etat fédéral peut etre
le seul moyen d'echapper a ce stade."
Jusqu'au debut de 1960, la reticence de l'ABAKO à rentrer dans
le jeu de l'administration coloniale belge représente l'obstacle
principal sur la voie de la décolonisation : aux deux échecs
enregistres en 1958 et au début de 1959, il faut ajouter le refus
de participer aux élections de decembre 1959 et le retrait de l'ABAKO
de la Table Ronde de Bruxelles au debut de 1960. Et pourtant, la position
géographique et le dynamisme de la paysannerie mucongo font de l'ABAKO
l'interlocuteur obligatoire de l'impérialime belge....