Kongo Central : Les enjeux d'une identité.
La revendication de l'appellation Kongo Central n'est pas un problème de priorité ni de moyens financiers, ou encore de distraction. C'est une question d'IDENTITE. L'identité c'est ce qui définit fondamentalement un individu, un lieu, un territoire, un peuple, etc.
Affirmer son identité n'est ni intégrisme ni sécessionniste, ni tribalisme. Ce n'est pas non plus un repli sur soi. Bien au contraire.
L'appellation KONGO CENTRAL fut choisie par les leaders de l'Abako en référence à l'ancien royaume Kongo, dont le Bas-Congo actuel était la partie centrale. Et le nom Kongo désignait à la fois le roi et son peuple(Ne-Kongo), le territoire(Nsi a Kongo), le chef-lieu(Mbanza-Kongo) et le grand fleuve qui traverse le territoire(nzadi a Kongo).
Pour ma part, si on se réfère au fleuve, je ne verrais aucun inconvénient à ce que le Bas-Congo devienne Bas-Lualaba. Ce serait plus logique. Car Bas-Congo ne se justifie ni géographiquement ni historiquement.
L'extension du nom Congo ou Kongo à deux États d'Afrique Centrale a eu lieu lors du partage de l'Afrique par les colonialistes occidentaux, au mépris des Africains. Il est clair que si les Africains avaient pris part à la conférence de Berlin, les frontières de nos États ne seraient pas telles qu'elles le sont et notre pays ne s'appellerait pas forcément République démocratique du Congo, car les Lubas, Tshokwe, Pende, et tous les autres n'allaient pas accepter de porter le nom d'un autre peuple.
Ce qu'il faut surtout savoir, avant de se prononcer pour ou contre le Bas-congo ou le Kongo central, c'est que :
1° le nom "Bas-Congo" désignait un district de l'ex-Province de Léopoldville et avait comme chef-lieu Boma. Les autres districts de Léopoldville étaient les Cataractes(amputé plus tard de la Lukaya), Le Kwango et le Kwilu(rattachés au Bandundu en 1962).
2° La province portant le nom "Kongo Central" fut créée officiellement le 14 août 1962 et ses limites furent fixées le 10 octobre 1962. Ces limites furent modifiées par Mobutu le 12 janvier 1968(ordonnance n° 68/018), lorsqu'il annexa le territoire de MPUMBU à la ville de Kinshasa. En effet, jusqu'à cette date, les entités ci-après faisaient partie intégrante de Mpumbu, donc de la province du Kongo Central : Maluku, Nsele, Kinkole, Kimbanseke, Kisenso, Kimwenza, Bumbu, Selembao, Makala, Ngaba, Mont Ngafula(y compris Lovanium), Badiadingi, Djelo Binza etc.
Peu importe si c'était pour le bien de la population. En tout cas, elle ne fut pas consultée(comme lors de la conférence de Berlin !)
3° Lors du changement de nom du pays en 1971, la province du Kongo Central devint Bas-Zaire, le district du Bas-Congo devint Bas-Fleuve et la province du KATANGA devint le SHABA.
Aucune consultation populaire ne fut organisée au préalable(comme lors de la conférence de Berlin !)
4° En 1997, Kabila arrache le pouvoir et change certains noms : Le Zaïre redevient le Congo, le Shaba redevient le Katanga, parce que les ressortissants de cette province se définissaient toujours comme Katangais et non comme Shabiens. Mais pour le Bas-Zaire, on s'est borné à changer le Zaïre en Congo et ça s'arrête là ?
A la lumière de ce qui précède, je voudrais faire comprendre à beaucoup de nos "frères" qu'au-delà du simple nom de la province il y a d'énormes enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels que tout le monde a compris, sauf le Ne-Kongo lui-même. Léopold II l'avait compris, Mobutu l'avait compris, Kabila l'a compris, sauf le Ne-Kongo.
Je respecte le point de vue de ceux qui sont contre le changement de nom, mais je me sens mal à l'aise par rapport à certains arguments simplistes, discourtois et voire agressifs qui nuisent à la qualité du débat.
En quoi est-ce que la revendication d'une identité constitue une distraction et empêche les gens de ficeler d'excellents programmes de développement ?
Ceux qui estiment que la priorité, c'est le bien-être de nos frères sur le terrain ont raison. Mais de quelles priorités parlent-ils ? De celles qu'ils imaginent en Occident ou de celles qui sont formulées par ceux qui sont sur le terrain, et quel terrain ? (Kongo central/Bas-Congo ou Kinshasa, ou les deux ?)
A ceux qui pensent que la priorité c'est le changement des mentalités, je demande : la mentalité de qui faut-il changer ? Celle des Ne-Kongo mal occidentalisés ou des Ne-Kongo du CKQUONGO ?
Enfin, aux uns et aux autres, je lance un appel à la paix et à la tolérance :
1 ° Que ceux qui sont allergiques à l'histoire et à la philosophie ne méprisent pas ceux qui s'en servent pour avoir les repères sur le passé, le présent et l'avenir. En effet, pour bâtir une solide maison Ne-Kongo nous avons besoin des philosophes pour guider nos pensées et des non-philosophes pour exécuter les actions.
2° Que ceux qui envoient des machines au pays chaque mois, ne méprisent pas ceux qui se limitent à envoyer 1 dollar par an à un membre de famille. Car chacun contribue à sa façon, à soulager une misère, même pour une minute.
Victor MISAMU NZABI
Tervuren
BELGIQUE.