Kimpa Vita (Dona Béatrice),
prophétesse Kongo du
18ème siècle.
Au début du XVIIIe siècle, une prophétesse
d'une vingtaine d'années, prit le contre-pied des arguments racistes
des négriers et se mit à prêcher un message égalitaire
selon lequel « au ciel il n'y a pas de Blancs ni de Noirs
» et que « Jésus-Christ et d'autres saints
sont originaires du Congo, de la race noire ». Cette fille
s'appelait Kimpa Vita (baptisée Dona Beatrice). C'est elle qui lança
en 1704 le mouvement des phénomène messianique africain, qui
par la suite donnera Simon Kimbangu, Simon Mpadi, Simao Toko, André
Matsoua quelques centaines d'années plutard.
Quand apparut Kimpa Vita, le commerce colonial que se disputaient le Portugal
et la Hollande était à la base de l’occupation d'une partie
du territoire congolais, alors appelé le royaume du Kongo, qui regroupait
le Congo Portugais (l’actuel Angola), le Congo Belge (Congo-Démocratique)
et le Congo français (Congo-Brazzaville). La Hollande, qui était
à la tête d’un empire colonial (la côte de l’Afrique
occidentale) et cherchait une main-d’œuvre servile au Congo, se heurtait
au refus du Portugal qui se réclamait de droit propriétaire
du royaume Kongo. Ce conflit d’intérêts, engendrait alors une
guerre froide entre les deux nations européennes. Cela provoqua la
décadence du paysage politique, économique et culturel du
royaume Kongo.
Au tournant du XVIIe siècle, les historiens évoquent un climat
de crise généralisée (on parle de guerre civile, d’épidémie,
de famine, d’inexistence de l’État) dans le royaume Kongo. Cela était
provoqué d’une part par les puissances européennes qui se
disputaient les intérêts économiques, d'autre part par
les candidats au trône du royaume qui était nombreux.
C’est dans ce contexte de crise que Kimpa Vita, ou Dona Béatrice,
déclencha un mouvement d’éveil spirituel et nationaliste qu’on
qualifie de "mouvement des Saint-Antoniens".
Avec un discours adapté à la mentalité et aux attentes
de ses compatriotes, elle réussit à les mobiliser pour la restauration
nationale. Elle affirme avoir reçu la mission
de Dieu, par l’intermédiaire de Saint Antoine, d’apaiser les souffrances
de son peuple. Sa prédication est dirigée aussi bien
contre les missionnaires portugais – qui représentaient à
ses yeux un déséquilibre pour l’œuvre de restauration –
que contre la sorcellerie et les pratiques fétichistes traditionnelles.
Le témoignage le plus ancien de cette époque est celui du
père capucin Bernado De Gallo :
"l’événement arriva ainsi disait-elle : étant malade
et au moment de mourir, à l’agonie, un frère habillé
comme un capucin lui apparut. Il lui dit être Saint Antoine, envoyé
par Dieu dans sa tête pour prêcher au peuple et annoncer la restauration
du royaume" .
Ainsi la prophétesse Dona Béatrice commença-t-elle
à proclamer l’imminence du Jugement de Dieu. Sa prédication,
selon Marie-Louise Martin, s’articulait autour de trois axes :
- La réaction contre la croix et les images de Christ qui représentaient
aux yeux de beaucoup d’Africains un nouveau fétiche plus puissant,
se substituant au matériel fétichiste et magique traditionnel.
- Faire apparaître pour la première fois l’idée
d’un Christ noir qui allait venir délivrer de leur servitude les peuples
opprimés.
- Annoncer l’imminence du rétablissement de l’ancien royaume
et, avec lui, le retour de la prospérité.
Ainsi Dona Béatrice, convaincue de sa mission, contacta le roi
Pedro IV qui, avec beaucoup de ses sujets, avait trouvé refuge
au dessus d'une montagne à cause de la guerre qui secouait le royaume.
Elle lui proposa un projet de restauration du royaume et de l’unité
nationale : entre autres, le roi et les populations réfugiées
avec lui devaient retourner à San Salvador (aujourd'hui Mbanza
Kongo) pour mettre fin aux conflits internes qui y régnaient.
Plus loin, le père capucin nous aide à prendre connaissance
de l’attitude nationaliste qui apparaît à travers l’un des hymnes
qu’enseignait cette dernière :
"…Saint Antoine est celui qui
a pitié. Saint Antoine est notre remède. Saint Antoine est
le restaurateur du royaume du Kongo. Saint Antoine est le consolateur du
royaume du ciel. Saint Antoine est la porte du ciel. Saint Antoine tient
les clefs du ciel. Saint Antoine est au-dessus des Anges et de la Vierge
Marie…"
On voit bien, à travers ce chant, la foi nationaliste que suscitait
Dona Béatrice et une tentative de "Kongolisation" de la religion chrétienne
telle qu’elle a été livrée aux Ne-Kongo.
"Dona Béatrice, souligne Martial Sinda, tente de fonder une église
congolaise imitée de cette Eglise catholique qu’elle combat énergiquement
en raison de l’influence que celle-ci exerce sur le personnel politique du
royaume. Chrétienne, Dona Béatrice entend créer une
Église nationale libérée de tous les antagonismes susceptibles
de diviser la société politique du royaume."
Finalement, en juillet 1706, la prophétesse
congolaise, mère d’un garçon alors qu’elle se prétendait
vierge, fut condamnée par un tribunal ecclésiastique et brûlée
vive. Son mouvement, à
en croire certains historiens, semble avoir échoué, puisqu’après
elle, nombre de ses partisans dont le roi candidat au trône périrent
dans des luttes acharnées et fratricides.
Source:
http://www.uhb.fr/sc_humaines/ceriem/documents/cc6/cc6mokok.htm
Adaptation:
Londa Mavungu
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