Matadi, la pierre... voyage dans un monde
de souvenir...
Comme tout dimanche après midi, il faisait très chaud mais
nous étions assis dans ce gradin du stade Lumumba. Nous sommes à
Matadi en 1980 le chef lieu de la province
du Bas-Zaïre à l'époque.
Nous étions là pour assister à ce grand événement,
ce match capital entre Inga-Sport et
le Cercle Sportif Imana de
Kinshasa. C'était dans le cadre des
quarts de final de la Coupe du Zaïre de football. Cet
événement va être marquant dans l'histoire de la ville
portuaire car elle symbolise son reveil, elle qui est restée plus
d'une dizaine d'années endormie d'abord dans ses rêves, celui
de vouloir être une capitale économique d'un pays imaginaire
ensuite endormie dans un certain conservatisme qui lui faisait contenter
du peu qu'elle pouvait avoir. Oui Matadi commençait à oublier
les plaies que l'indépendance a laissé, celle causée
par le départ de ses fils et filles vers l'Angola, le pays qui borne
la ville.
Effectivement, il ne se passait pas grand chose d'extraordianaire dans
cette ville à part quelques matches de football et quelques galas
de musique amateur et des combats de catch qui faisait tabac dans certain
milieu de cette ville.
Notons qu'il n'y avait aucun Centre culturel, qu'une petite
bibliothèque publique appartenant au centre culturel
français et .... oui il y avait la Voix du Zaïre Matadi
, qui venait de s'endormir après un début foudroyant marqué
par un renouveau dans la ville mais à bout de souffle suite à
des problèmes techniques, habituels à ce pays.
Ce match commençait dans un chapeau de roue pour l'équipe
de la SNEL (Inga-Sport) conduite par Nginamau-Le-fou,
Kaba, Mpasi, Maboti....
Pour la première fois, nous assistions à la débacle
d'une équipe de football venant de Kinshasa et de plus le club
Imana où trônait encore
Kiyika Tokodia, Babayila, Kabasu, Mukendi... Le score du
match sera de 3 buts contre Un pour Inga-sport dont deux buts
signés Nginamau. Notons que la veille de ce match,
le club de la CMZ (Compagnie Maritime Zaïroise) battait
Matata-Sport (Onatra) par le même score dont deux buts signés
Richard Mapuata, un autre matadien.
Matadi venait de se dévoiler.
Son ascétisme venait enfin de porter ses premiers fruits. À
partir de ce moment, elle allait prendre sa place. Mapuata et Nginamau
joueront à deux moments différents dans Imana
comme grande vedette. Soulignons que Nginamau en signant à Imana
a attisé le feu d'un certain conflit entre Bilima et Imana au grand
regret de Vita-Club qui avait commis l'erreur de n'avoir pas fait signer
Nginamau deux ans plutôt. Oui c'était le même joueur qui
quelques années auparavant en essaie à l'AC Vijana
d'Ado Makola avait marqué à lui tout seul 3 buts lors d'une
mémoriable défaite des Bana-véa par Vijana (0-3).
Matadi se révélait aussi sur le plan musical avec la place
que Djonolo Mvemba et Jeff Cartouche vont occuper
dans la vie de Papa Wemba et BoziBoziana en
ce début des années 80.
Notons que quelques années auparavant, Cartouche, Willy Mbembe
et Boutsié-Boulit (Buthiémuni) créaient ensemble
le groupe "Brise-tout" qui deux années plutard se disloquera
pour une histoire d'argent.
Dans la suite, Willy-Mbembe crée Mankaka Diaka , Boutsié
"Brigade Rouge" et Cartouche restait
à Brise-tout . C'était
la période de grands concerts, de discussions et bagarres autour de
l'hôtel "Chez-Vous", de Zamba Bar, Paillottes... entre fans de Mvuzi
(Mankaka Diaka), de Nzanza (Cartouche), de Djonolo (Sud) et Boutsié
(bana Mvuadu et Nsoyo).
Bref, Matadi n'était plus la même ville où nous avons
grandi. Grand-Micky et Comet Mambo appartenaient
à l'histoire même si leurs gue-guerres de chez Cabral
étaient toujours vivant dans l'esprit de nos parents. On parlait
plus de Samu Bakula (Geo-Malebo), de Tapale Maringa
et de Michelino Mavatiku Vissi qui revenait souvent revoir sa ville.
La ville revivait, les Bana-mayi dominaient
la scène. On disait d'eux comme étant des régulateurs,
ceux-là qui nivellaient les choses, qui rapportaient à la ville
ce que Kinshasa lui devait. Oui des moments assez remarquables. Mais revenons
en arrière.
Matadi veut dire
pierre, cailloux, roche
. Elle est aux portes de la RDC dans le vrai sens du mot.
D'abord par sa situation géographique, elle est le dernier poste
congolais sur la rive sud du fleuve, juste à côté d'elle
est la ville de Noqui (Noki), une ville angolaise. Ensuite de par son port,
elle est cosmopolite, multiculturelle et multiethnique. Sa population est
très diversifiée.
Les anciens réfugiés venant du nord de l'Angola, à
moins de cent kilomètres de là y ont élu domicile et
ont donné à cette ville une identité, les originaires
de la rive nord, celle du Mayombe et du Manianga ont apporté de la
couleur et du rythme, ceux du nord appelé communément "
nzila machine", leur chaleur, leurs cuisines épicées.
Notons que la construction du port et du chemin de fer a fait voir l'arrivée
dans ces terres dès la fin du 19ème siècles des membres
de la communauté Tetela
du Kasaïe (Lodja) et ont donné à la langue parlée
dans cette ville un accent assez particulier.
Oui c'est Matadi, la pierre, Matadi la portuaire, Matadi l'élégante,
Matadi la riche, matadi la pauvre, matadi...la belle...J'ai dit belle? Oups...
Matadi au départ est un groupe d'une dizaine de villages appartenant
aux Bakongo de Nsoyo (Bamboma
et bampala bala). Ces villages ont laissé en ce début des
années 80 des traces.
C'est les fameux "minkondo"
qu'on retrouve un peu partout dans la ville. Ces
nkondo (baobab) sont les symboles d'existence de village
post-colonial. On le remarque au marché Abako (Nord),
à Italie (Eglise protestante, quartier baobab), à Mvuzi (Minkondo
- début du quartier Mvuadu), Hôpital de Kinkanda, athénée
Centrale (Institut Londe), Camp Manu-Congo, Trabeka, Biwewe....
Matadi en ce début des années 80 est une ville africaine
divisée en deux, le quartier européen (elle aussi
divisée en Ville haute et Ville basse) et le quartier africain
.
Le quartier africain, c'est Nzanza et Mvuzi
, une sorte de cité dortoir où habite le personnel africain
du port de Matadi, de la société Onatra, de la compagnie de
pêches maritimes, de la Minotérie de Matadi, de la Compagnie
Maritime nationale, des agences de douanes - assises, contribution et de
l'Administration publique car Matadi, c'est la capitale de la province du
Bas-Zaïre.
Le quartier européen, c'est la ville basse, une sorte de centre-ville
formé de bureaux d'agences, de centre commercial, d'un camp policier,
de la gare de train et du port de l'Onatra.
La ville haute est un quartier residentiel. C'est les cadres de l'Onatra,
de la CMZ, de la Midema et de la Fonction Publique qui y habitent en plus
des couvents de religieux et religieuses, des missionnaires protestants.
On y trouve aussi les centres de santé publique (Hygiène),
des Camp Redjaf et Ango-Ango (formé des gardes frontières).
Matadi, c'est la montagne. C'est le fameux monter, descendre
, courir, traverser les ponts, marcher sur des pierres
, se blesser...
La ville de Matadi est entourée de deux cours d'eau. Le Mpozo
et le fleuve Congo. Un cours d'eau par ailleurs sillonne la
ville. C'est le Kipoto qui à
certains endroits devient une grande rigole où se deverse les eaux
usées des quartiers populaires.
Chaque quartier de cette ville a son identité propre. Le quartier
Nord et Sud sont peuplés des populations commerçantes
car le marché (wenze ya Nord) est juste à côté.
Le quartier Mbuka-sika, Mvuadu, Kitomesa est habité
par des travailleurs, ouvriers et petits fonctionnaires.
Matadi a trois communes (zones), celle de Mvuzi, Nzanza et Matadi
(ville ou commune urbaine) et d'une zone annexe (Mvuadu jusqu'à la
frontière d'Angola).
Matadi est une ville montagneuse, elle appartient à un massif montagneux
(mont de cristal) dont un des pics est le Pic Ambier (Pic Kinzau)
de plus de 1000 mètre d'altitude. C'est dans cet environnement
qu'on retrouve des végétations assez particulières.
Des manguiers, wandu (sorte de petit pois) poussent sur ces
terres rocailleuses, des maisons sont construites au dessus des roches ou
sous une grande roche, cela disant à certain qu'un tremblement de
terre à Matadi serait un vrai massacre.
Matadi de ce début des années 80 est une ville qui dispose
de très bonnes écoles, des écoles secondaires comme
Ntetembwa, Itecom Nsoyo (Institut Technique Commerciale),
Londe, Tala-Mbanza, Zolasana, Tomisa-Luzingu, 30 Decembre, Boyokani,
Mvibudulu...
Matadi de ce début des années 80 n'a pas beaucoup changé
depuis vingt ans. L'hôtel Metropole
est resté le seul plus grand hôtel de la ville (64 chambres),
Dragages, l'Hôtel Central sont les seuls
bureaux de luxe dans la ville, mais Mikalukidi Minsaba vient
de construire un magasin car il veut barrer la route à Sadisa
, ces magasins de luxe que l'homme d'affaire Kisombe vient
de mettre sur pied partout dans la province.
Bref Matadi de ces années hésite encore à prendre
une nouvelle destinée en ce qui a trait aux infrastructures. Le réseau
routier n'ayant pas été entretenu depuis que l'office de route
a pris la place à TPAT, laisse apparaître un certain nombre
de quartier très enclavés les uns les autres où aucune
voiture ne pouvait plus s'hasarder. La route ceinture allant du
Dibongo jusqu'à la nationale (route de Kinshasa
) par Mvuadu tarde à prendre forme.
Cette ville de Matadi du début des années 80 venait de perdre
sa chance, celle de se moderniser car Sotraz a échoué
dans sa tentative de créer un réseau de transport public.
Les taxis sont restés les seuls moyens de déplacement. On
nous dit que les taxis de Matadi sont luxueux par rapport à ceux
de Kinshasa même s'ils ont verts.
C'est cette ville que plusieurs parmi nous allions quitter pour l'Université
et pour le monde car cette ville ne nous proposait plus ce dont
on avait besoin c'est-à-dire voir du nouveau, changer d'air, grandir,
se cultiver, travailler, oui travailler et enfin vivre...tu as dis vivre?
Temoignage de Londa Mavungu.