Radio Okapi ou l'incarnation du malaise Kongo par Londa Mavungu
Début Mars, nous apprenons des sources sûres que la nouvelle radio, celle que la Monuc (Mission d'observation des Nations Unies pour le Congo) venait d'installer à Kinshasa, Goma et Kisangani n'avait pas des bulletins d'information en langue Kikongo.
Vérification faite par un simple tour sur le site internet de cette radio (http://www.radiookapi.net), nous constatons effectivement que seul le kikongo ne figurait pas dans la liste des langues nationales et de ce fait ne disposait pas de bulletin d'information. Panique dans l'âme, remord et tristesse... Une multitude de question nous gagne.
Alors commence un débat dans différents lieux de dialogue des communautés congolaises de l'étranger. Certains vont traiter les protestateurs des simples tribalistes Bakongo nostalgiques de l'Abako et d'autres diront sans détour que le Kikongo n'était qu'une des deux centaines de dialectes qui se parlait dans l'ex Zaïre. D'autre part, un aîné proposera même de monter une radio Kongo pour régler ce problème et montrer au monde entier que nous existons. Et que notre culture ne date point d'hier comme certains médias nous laissent sous entendre.
Ainsi des réactions publiques, des protestations, des indignations vont fuser de partout, plusieurs courriers seront envoyés tant à la permanence de radio Okapi sur Internet ou à la fondation Hirondelle de Suisse, maître d'oeuvre de ce projet.
Après plusieurs jours, un petit message laconique nous parviendra. On nous dira que la direction de Radio Okapi reconnaissait son erreur, et qu'il y avait aussi beaucoup de plaintes sur place à Kinshasa. Le repondant ajoutait que la haute direction de l'entreprise était prête à faire des changements et que suite à la lourdeur de la bureaucratie des Nations Unie, il fallait attendre.
Plusieurs semaines après,
quels sont les changements observés?
Un tour sur le site Web de la jeune
radio ce vendredi saint - au moment où nous couchons ces lignes
- nous apprend que le Kicongo (c'est comme cela que cette langue s'écrit
paraît-il) est intégré comme langue d'information sauf
que le nombre d'heure lui assignés sont encore inférieures
par rapport aux autres langues. Il n'y a de bulletin d'information en Kikongo
que tôt le matin, pas à midi et encore moins le soir, même
si cette question ne se pose même pas pour les autres langues nationales.
Comment peut-on imaginer un tel traitement pour une radio dont l'objectif est de permettre aux fils et filles du Congo-Démocratique de se retrouver dans un dialogue sain et constructif?
Comment peut-on imaginer omettre une langue dont les deux noms du pays proviennent de son vocabulaire? Et quand on pense que dans d'autres milieux, on dit que Nzinga Nkuvu était Zaïrois!!!
Il est clair que Laurent Désiré Kabila a imposé le swahili comme langue du pouvoir, Mobutu l'avait fait avec le lingala disent les Kabilistes. Le couronnement des faits est que même dans la monnaie nationale, les instructions sont en swahili. Cela fait de cette langue, une langue sénior, faisant des autres langues moins importantes.
Mais le fait d'avoir oublié le Kikongo à radio Okapi nous laisse comprendre que cette langue ne vaut pas grand chose et qu'elle ressemble au lingala ou aux trois autres langues nationales. C'est une méconnaissance des réalités locales congolaises. Dommage qu'une telle radio et ses administrateurs pensent que leur outil est là pour servir le pays de nos ancêtres.
Une langue, c'est l'expression d'une culture. Que sera la culture Kinoise sans le Kikongo? Et la culture congolaise sans les kinoiseries, comme le disent certains copains originaires de l'Est?
Peut être que la liaison congolaise qui a travaillé avec la fondation Hirondelle, pensait kikongo et lingala étaient une et une seule langue ou que le peuple kongo faisait peur. Ou encore une sorte de reponse aux Bakongos qui depuis des décennies ont arrêté de se plaindre.
En clair cette crise que Radio Okapi vient de créer devrait être le point de départ d'une lutte, celle d'une langue qui doit survivre dans un pays où l'exclusion est devenue le mot d'ordre.
Propos de Londa Mavungu
,
penseur indépendant.