LUFU-TOTO: La cité du Chemin de Fer.
Par Lubanzadio, M., Durham, United Kingdom. March 2002

I. INTRODUCTION :
Située à presque mi-chemin de la voie ferrée entre Matadi et Kinshasa. Lufu-Toto est essentiellement une cité de chemin de fer. Elle est aussi accessible par route (via la nationale No 1), et par air.

Administrativement, elle est dans le secteur de Kwilu-Ngongo, Commune de Mbanza-Ngungu,  District des Cataractes dans le Bas-Congo. La cité est sous tutelle d'une autorité communément appelée « chef de cité » et d'un officier de police qui commande le poste de la police nationale locale.

Les Lufu-Totois vivent dans quatre quartiers différents selon leurs statuts respectifs:


La cité de Lufu-Toto est dotée d'un centre médical : l'hôpital de Lufu-Toto, des écoles primaires et secondaires, dont l'ITP (l'Institut des Techniques Professionnelles de Lufu Toto) et aussi d'un stade football.

II. HISTORIQUE :
Tout commence par la gare et la cité de CATTIER. L'explorateur Henry Morton Stanley dit un jour du 19e siècle que «  Le Congo ne vaut pas un penny sans un chemin de fer. » C'est donc de la volonté des bâtisseurs du Chemin de fer Matadi-Leopoldville que la cité de CATTIER est née.
Cattier devenue, lors de la débaptisation de 1971 Lufu-Toto, tirant son nouveau nom de deux petites rivières  Lufu et Toto qui baignent la cité.

Les activités économiques :
Contrairement aux cités avoisinantes de Kwilu-Ngongo ( la capitale du sucre) et celle de Kolo-Fuma (ville agro-alimentaire pensez aux charcuteries de la Jules Van Lancker J-V-L), Lufu-Toto est reconnue pour sa participation active dans l’organisation et le maintien des activités ferroviaires du Bas-congo. Ainsi par ses imposants ateliers mécanique, d’ajustages et soudures de l’ONATRA, Lufu-Toto joue un rôle majeur dans l'organigramme de l'Onatra en particulier et dans le développement économique de la province du Bas-Congo. Signalons que la cité de Lufu-Toto et ses atéliers sont alimentés 24h/24 par une sous-station de la Société Nationale d’Electricité reliée au barrage hydro-electrique de Zongo.

La contrée jouit aussi d’une production maraîchère et agricole suffisantes pour la population locale et les abonnés des trains de voyageurs.

Hydrographie :
La cité de Cattier (Lufu-Toto) est aussi connue par la grande rivière Kwilu qui la traverse. C'est cette Kwilu et une autre rivière de la contrée au nom de Ngongo qui donne le nom à la cité voisine de Kuilu-Ngongo, jadis Moerbeke.
Kwilu-Ngongo est synonyme de canne à sucre et Sucre de canne cristallisé. Les deux petites rivières Lufu et Toto qui donnent le nom à la cité sont des affluents du Kwilu. La traversée du Kwilu par pirogue permet d'avoir une belle vue panoramique des ateliers de l'Onatra.

Nomenclature et débaptisation :
La cité de Lufu-Toto  était connue sous le nom de « Cattier » jusqu’a la débaptisation de 1971.
M. Cattier fut, comme ses compères belges, l’un de dirigeants des travaux de la voie ferrée CFML qui donnèrent leurs noms à plusieurs gares et résidences de travailleurs (camps) dans le Bas-Kongo.
Pour le besoin de l’histoire, nous répertorons ici une liste non-exhaustive de noms, cités et établissements débaptisés en 1971 :
1. M. Thys : La cité de THYSville = Mbanza-Ngungu, Camp THYS de Matadi = Camp Banana, Commune de THYSville = Zone (aujourd’hui commune) de Mbanza-Ngungu
2. Mr. Dettier : La gare de Dettier = la gare de MWEKE
3. Mr. Cattier : La gare et la cité de CATTIER = Lufu-Toto, Il y a aussi l’école Primaire Officielle Camp Cattier de Matadi = L’EPO Kitomesa
4. Mr. Bousin : La gare de Bousin = Pala-Bala
5. Mr. Marshall : La gare de Marshall  = Mwala-kinsende
6. Mr. Moerbecke : La gare de Moerbecke= Kwilu-Ngongo.
7. M. Holter : la gare et le secteur de Holter = Luila (dans le Lukaya)
8. Roi Léopold II : La capitale Léopoldville = Kinshasa (Cette debaptisation était intervenue en 1967 déjà).
CFML = CFMK.
9. Mr. Citto, le premier machiniste à conduire un train le long du CFML :
Camp Citto de Leo/Kinshasa = Cité Kauka

10. etc.…
 

III. POPULATION :
Population à majorité Kongo :
Bien que Lufu-Toto est une terre des Bandibus [de la tribu Ndibu] originaires qu'on retrouvent plus dans le village de Kimpete et voisins, on ne saura parler de sa population dans un contexte purement locale vu le mouvement migratoire des populations kongo dans cette contrée agro-industrielle du Bas-congo.

La population de la cité est à majorité Kongo (97%), mais totalement caractérisée par un brassage de la culture Kongo, résultant de la rencontre des différentes tribus de la nation Kongo qui s’y sont retrouvées comme main-d’œuvre pour les industries coloniales de l’époque (la construction et la maintenance du CFMK au fil des années pour Lufu-toto, les champs de canne à sucre de Kwilu-ngongo, la production du Ciment Portland à Lukala et la production agro-alimentaire de la JVL Kolo-Fuma).
A l’occurrence le kikongo locale parlée à Kwilu-Ngongo est presque une variante de Kizombo (la variante kikongo de Maquela do zombo en Angola).

Sociale et Sanitaire :
La population a accès à l’eau potable, à l’électricité (24 h/24) et aux émissions de Télévision grâce aux efforts conjoints dans le domaine social des entreprises de la contrée (L’ONATRA, la Cie Sucrière, La Cie. JVL et la Cimenterie de Lukala).

Les soins de santé primaire sont assurés par la Zone de santé rurale locale, avec des dispensaires, l’hôpital de référence de la Cie. Sucrière Kwilu-ngongo et celui de l’ONATRA de Lufu-Toto.

Les statistiques ne sont pas disponibles pour le moment, mais nous pouvons confirmer que la population est jeune, pour autant que l’espérance de vie n’est pas au delà de 50 ans, les populations étant burinées par les travaux, de même pour les paysans.

Les soins de santé
Bien que le taux de natalité soit élevé,  les taux de mortalité (toute catégorie confondue: infantile, …) sont très élevés. La contrée a été frappée par le kwashiorkor durant la sécheresse du Bas-Zaire des années 1980 et aussi avec les massives arrivées d’autres enfants Kongo fuyant la guerre en Angola. Notons que ceux-ci étaient appelés administrativement: réfugiés.
L’hôpital de Kwilu-Ngongo et sa zone de santé rurale n’est qu’une création toute récente. Et comme pour toute la RDC, son efficacité laisse à désirer malgré les efforts de la Compagnie Sucrière.

III. Lufu-Toto et la vie au jour le jour :
Les jeunes vont à l’école et jouent au football comme partout ailleurs au pays. On ne se souviendra pas d’un orchestre de musique de la place, bien que dans les années 1950 et 60 (Tango de Bawendo) plusieurs musiciens-chanteurs sont venus de « Cattier ». Le stade de la place n'a pas encore produit des champions connus.

La gare et les trains de voyageurs, une attraction quotidienne :
Si seulement il y avait encore des trains chaque jour comme à l’époque, les jeunes Lufu-Totois ne manqueraient pas de distraction et un peu d'argents.
Mentionnons que les voyageurs des différents trains (il n’y en a plus que quatre à cinq par semaine, au lieu de deux chaque jour ouvrable) profitent du long arrêt du train à la gare (environ 15 minutes) pour :


La riviere Kwilu :
Bien que la population ait accès à l’eau du robinet et des puits, la majorité des femmes préfèrent la rivière kwilu pour leurs lessives et aussi le « yinika madioko ».
La rivière Kwilu est ainsi une partie intégrante de la vie quotidienne. La nage n’y est pas dangereuse. Nous n’avons jamais entendu parler de crocodile de Lufu-toto, comme à Luozi. Signalons qu'il y a souvent des cas de noyades, ceux-ci sont rares.
Quant à la pêche, celle-ci est à une très petite échelle à tel enseigne que seule le « Thomson – Mpiodi » est la variété du poisson qui est consommé localement.

Le tourisme et autres:
Contrairement à Kwilu-Ngongo avec les hôtels de Lungwana et le Guest House de la Compagnie Sucrière, il n’est pas facile de faire du tourisme ces derniers temps à L/Toto si on n'y a pas de la parenté, car les logements pour visiteurs (hôtel, auberges, restaurants) sont quasi inexistants.
Présentement, les Lufu-Totois s’approvisionnent à Kwilu-Ngongo, qui est relié à leur cité par un transport régulier de bus de la Compagnie Sucrière. Ajoutons ici que certains travailleurs de la sucrière vivent aussi à L/Toto où le coût de la vie est relativement acceptable.

Bien que la cité de L/Toto a perdu toute sa splendeur avec le déclin des activités des trains de voyageurs de la CFMK, on y trouve encore quelques débits de boisson et le marché de Camp patente avec ses étalages presque vides.
Il y a aussi la chapelle de la mission protestante et la paroisse Catholique. Les Kimbanguistes ont aussi leur paroisse en construction de l’autre cote de NOKI. Comme il en est de coutume dans toutes les résidences des cadres, l’ONATRA a pourvu la cité d’un Cercle-Bar au Camp ONATRA et d’un autre club à NOKI.

Avant la fin des années 1980, date à laquelle l’ONATRA et la Compagnie Sucrière se sont entendus à relier leurs deux cités par route carrossable,  Lufu-Toto était contrainte de fournir des attractions à ses habitants. D’où on ne pourra parler de L/Toto à un bon nombre de générations de Totois sans mentionner les noms comme Kianlunda, Maître Benoit, Mbuta Ntoko Edouard, Boulangerie Petit Pas ou Pas à pas, Mbuta « Mayela Ma Nkombo » pour leurs activités commerciales à Camp Patente et aussi Jacques Lukau - le célèbre et l’inamovible chef de secteur de Morbeke des années 1960 et 70.

Témoignage de Lubanzadio
et de la redaction de Ne-kongo.net
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