CABINDAS
HISTORIA - CRENÇAS - USOS E COSTUMES
P. JOAQUIM MARTINS, C. S. SP.
(Historiador Laureado de Cabinda)
Cabinda, histoire, croyance, us et coutume par P. Joaquim Martins. Le livre est en langue portugaise
(http://www.cabinda.net/CabindasCap1.html)
HISTOIRE, CROYANCES, US ET COUTUMES DES CABINDAS
Le lecteur attentif, exempt de préjugés, honnête et juste, même en lisant des auteurs qui ne soient pas portugais, tels que Battel, Proyart, Barbot, Merrolla, Prévost, etc., parvient à Ici conclusion que les côtes maritimes des anciens Royaumes de Loango, Kakongo et Ngoyo furent découvertes par des Portugais dès la fin du XV.e siècle.
Ayant découvert l'embouchure du fleuve Zaïre en 1482, longeant ses rives en amont, ils commencèrent tout de suite à avoir des contacts avec les Rois, les Grands Seigneurs et les peuplades de ces régions.
Dans cette étude nous avons porté notre intérêt sur le Royaume de Loango et surtout sur ceux de Kakongo et Ngoyo.
Le Pays de Cabinda, comprenant dans ses limites les anciens Royaumes de Kakongo et de Ngoyo.
Les us et coutumes de ses clans les plus importants - Bakongo, Bawoyo, Basundi, Balinge, Bavili, Bakoki - surtout ceux des Bakongo et des Bawoyo ont une ampleur et une beauté de concepts sans égal.
Cet ouvrage "Histoire, Croyances, Us et Coutumes des Cabindas" se propose de décrire ces concepts, mais il est impossible à l'auteur de le faire en bloc, bien qu'il ait vécu parmi ces peuples 22 ans.
Son précédent ouvrage "Sagesse Cabinda" que la Junta de Investigacôes do Ultramar, de Lisbonne, a édité en 1968, a trait à un caractère saillant de la richesse spirituelle de ces peuples: le symbolisme, une sorte d'écriture "idéographique".
L'ouvrage que voici concerne, d'une part, l'histoire de ces peuples mis en contact avec les portugais, l'histoire de leurs clans remontant à l'ancien Royaume du Congo; d'autre part, la description de leurs us et coutumes, de leurs croyances, de leurs travaux et de leurs activités, et même, au chapitre IX, les applications et le mode d'emploi des plantes médicinales.
Il serait souhaitable que l'on puisse compléter et améliorer cet ouvrage. Tout en ayant conscience de ses limites, l'auteur avoue qu'il a fait de son mieux pour faire connaître de tout le monde les peuples extraordinaires du Cabinda, pour que l'on puisse les interpréter et les comprendre.
Voici quelques échantillons de leurs maximes les plus belles de morale sociale et familiale:
LE MARIAGE
- On ne peut toujours se marier avec qui l'on veut, de même que l'ieze (un oiseau) ne peut toujours prendre le poisson qu'il aperçoit dans le marais.
Cela demande du travail de part et d'autre, il est une sorte de chaise que les deux porteurs doivent tirer en accord l'un avec l'autre.
L'homme qui se marie sans réfléchir et la femme qui agit de cette façon ressemblent à ceux dont la jambe se heurte à un billot.
On ne force pas le mariage.
Pour un bon mariage il faut, au moins, trois choses, de même qu'il nous faut trois termitières pour y poser le pot:
une maison,
des habits et des aliments,
une union qui engendre des enfants.
Le mariage vous oblige à changer de vie, de même que le boa ne revient pas sur ses traces anciennes.
D’où il faut bien y penser avant de se lancer et ainsi on ne prendra pas une vipère dans la pirogue de la vie.
LA JEUNE FILLE
- Sa valeur provient de sa virginité et de sa bonne conduite.
Il vaut la peine de lutter et de travailler pour une jeune fille intacte.
La fille qui a perdu sa virginité est comme un palmier abattu. Tous lui sautent dessus.
Celle qui ne se marie pas est une bûchette abandonnée,
Ayant perdu sa virginité, la jeune fille est comme un sac de cacahuètes troué, ouvrant l'entrée aux souris.
Si elle a une bonne conduite d'après les lois, on ne lui adressera pas d'insultes, elle ne fera honte à personne.
Il lui faut se marier, pour ne pas bondir comme les singes.
Ainsi l’enfermer car elle est sacrée..
Elle a beau être belle, mais est percée comme un arbre creux.
L'EPOUSE
- Il faut qu'elle n'ait qu'un mari, de même que le buku (le champignon) n'a qu'un pied.
Il faut qu'elle soit casanière, qu'elle aime le travail et qu'elle soit sage, et non pas comme le fondo (un oiseau-qui se promène toujours par-ci, par-là).
Elle a la protection de son mari, de même que la poudre est gardée dans la poudrière.
Elle n'a de valeur que quand elle est unie à son mari, de même que les bananes sont rattachées au régime du bananier... Quand elles s'en détachent, elles commencent à pourrir.
Il ne faut pas qu'elle erre çà et là comme l'hirondelle.
Elle ne doit fréquenter personne qui l'emmène à l'infidélité. Par contre, elle agira comme le cafard qui fuit la poule son ennemie.
Si faible qu'elle soit, elle a toujours ses droits.
Elle doit être fidèle à son mari.
Il faut qu'elle soit comme le perroquet qui ne niche, ni n'élève ses petits hors de son habitat. Voilà pourquoi elle se refusera à "nicher" hors de la maison de son mari.
Il lui faut être attachée à son mari comme la tortue à sa carapace.
L'EPOUX
- Il ne doit pas s'intéresser à la femme d'autrui semblable à une chose qui entrave notre vie.
Il faut que ce qui se passe à la maison soit comme la kianga (le boucan, un gril de bois dont se servent les Cabindais pour fumer la viande) du foyer, laquelle connaît la sortie de la fumée.
Ce n'est que lui qui commande son épouse, de même que seul le maître de la hache s'en sert dans sa plantation.
Il lui faut fournir à sa femme ce dont elle a besoin pour faire la cuisine. Elle ne peut rester les jambes étendues vers l'âtre.
Est fou et coupable celui qui laisse qu'on lui prenne sa femme. Il ressemble au maître imprévoyant qui laisserait que son chien lui mange son repas...
Seule l'épouse pourra lui donner une satisfaction profonde. Jamais la fille de joie ne le rendra heureux.
Il ne faut pas qu'il entretienne une liaison avec la femme d'autrui, car il ne ferait qu'ôter le couvercle d'un pot de nourriture qui ne lui appartient pas.
LA JUSTICE
- Tous y ont droit. Elle ne peut pas être partagée en accordant la queue d'un poisson à l'un et Ici tête à un autre.
Il faut qu'elle soit rendue à tous, de même que le poisson-scie n'épargne pas ceux qui se présentent devant lui.
Il est difficile de faire justice à tout le monde. En effet, il arrive même qu'un amputé d'une main réussisse à être porté dans une chaise, et que, par contre, un amputé d'une jambe soit forcé de marcher à pied.
En bonne justice, il faut entendre les deux parties. Aussi avons-nous deux oreilles.
Il faut rendre à chacun ce qui lui appartient. En effet, la poule est à son maître, mais le grillon qu'elle a attrapé est à elle.
LE MAL
- Le mal sans raison n'a jamais d'excuse. Il ne faut même pas frapper un chien, quand il n'y a rien qui puisse le justifier.
Le mal que l'on fait laisse toujours des traces. Il ressemble au serpent qui laisse les traces de son passage, ou au "safù" (un fruit) qui laisse son empreinte sur les lèvres de ceux qui le mangent.
Il n'est pas toujours irréparable. Il se peut qu'il ressemble à la fille de joie qui emporte les anneaux, mais laisse les doigts.
De deux maux il faut choisir le moindre. Le singe blessé ne grimpe pas aux arbres.
oooooooooooooooooooooooooo
Il ne faut pas payer le bien avec le mal, de même qu'on ne coupe pas les racines de l'arbre qui nous donne son ombre.
- Il y a des gens qui, bien loin de faire le bien, font le mal. Ils ressemblent aux grillons qui, plutôt que de boucher les trous d'un filet, les élargissent.
LE TRAVAIL
- Il faut mener jusqu'au bout le travail entamé. En effet c'est à celui qui fait une chemise de lui coudre les boutons.
- Chacun récolte ce qu'il sème. C'est du côté d'où l'on déroule la natte que l'on se couche.
- Le travail vaut mieux qu'un bon mot. Le son du tam-tam a beau être harmonieux, 'il ne vaut pas le palmier dont la noix (dendem) nourrit l'homme.
- Il faut être fort et bien manger pour que l'on puisse travailler. Quand il n'y a pas de vent, le bateau à voile est arrêté.
- Chaque chose à son tour. Ce n'est pas parce que le chien ci quatre pattes qu'il prend quatre chemins à Ici fois. Il n'en prend qu'un.
- Plus on travaille, plus on mange. C'est aussi l'oiseau qui remue et vole davantage, celui qui avale plus de nourriture.
- Celui qui ne travaille pas ne mange pas. La poule, qui ne gratte pas le soi, ne réussit pas à trouver de nourriture et ne mange pas à sa faim.
LA VIEILLESSE
- C'est une tristesse que de ne pas respecter la vieillesse. On dirait que l'on jette le grattoir du manioc dans le dépotoir.
- À celui qui a vécu, il lui reste peu de temps à vivre. Il ressemble à une feuille sèche qui ne reverdira plus.
- La vieillesse n'octroie pas l'infaillibilité, De même ce ne sont pas les barbes d'un vieux qui empêchent que leur maître ne tombe par terre.
- Une vieillesse difficile résulte, parfois, d'imprudences de la jeunesse et de l'âge mûr. Si l'on ne travaille pas, si l'on ne sème pas quand on peut le faire, que faire quand on deviendra vieux?
- Il faut toujours respecter les vieilles gens et leur être serviable. lis sont, pour ainsi dire, un parasol de sagesse qui inspire et protège les jeunes. En effet, par principe, s'ils sont des hommes de bon sens et s'ils ont de l'expérience, ils résoudront, à Ia satisfaction générale, les questions qu'on leur posera.
LA VIE
- Parfois, au début, la vie est dure, de même qu'il est difficile de jeter le canot à Ici mer à l'endroit où les vagues se brisent en écume.
- Tout y est passager. Elle ressemble à un lézard sur un panier de manioc ou à la perdrix de passage. sur une termitière.
- Tant qu'il y a de Ici vie, il y a de l'espoir. On peut arracher une patte à la sauterelle, ses ailes lui restent.
Tous y ont droit. Aussi les poules se rendent-elles vile au dépotoir, dès que le chat sauvage le quitte.
- Il faut la vivre avec dignité, avec méthode - et avec calme.
Il faut que chacun ne se mêle que de ce qui le concerne, de même que Ici tortue ne se mêle que de sa carapace.
- Tant qu'on est vivant, on est libre et on est maître de soi-même. Personne ne se sert de la coquille de l'escargot et de celle du cauris tant que le mollusque y vit.
Quand elle est trop longue, elle a aussi ses inconvénients, Elle nous fait penser à la vieille tortue que personne ne peut manger.
- Elle est le bien le plus grand que l'on a. C'est l'amour de la vie qui fait fuir les cafards du "selengo", des fourmis carnivores.
Les peuples, aux lois et aux principes si beaux, vivent dans un pays vraiment privilégié.
La ville de Cabinda et son district constituent un pays tropical très beau et très riche.
Sa richesse provient de ses palmeraies si importantes pour l'industrie des oléagineux; de ses forêts très riches qui font travailler des scieries et des usines de contre-plaqués et de laminés de bois; de ses plantations de café et de cacao, etc... Ceci pour ce qui est du sol,
En ce qui concerne le sous-sol, il y a des gisements de pétrole d'où l'on extrait déjà plusieurs millions de tonnes par on, des gisements de phosphates, parmi les plus grands du monde et d'autres gisements de plusieurs minerais riches, etc.
Et nous n'avons pas encore parlé des produits alimentaires du Pays, dont les habitants peuvent toujours manger à leur faim. En voici quelques-uns. le maïs, la banane, le manioc, toutes sortes d'ignames, toute la gamme des fruits tropicaux...
On serait tenté d'affirmer que le Pays de Cabinda, embrassant les territoires, des anciens Royaumes de Kakongo et de Ngoio, en ce qui concerne les lois et les principes moraux et ses institutions, et à cause de la beauté et de la richesse de son sol et de son sous-sol, est une petite succursale du "Paradis Terrestre".