Bas-Congo : le manioc remplace le café
 

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) De plus en plus mal traité et infecté, le café n’attire plus les planteurs de la forêt du Mayumbe dans la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa. Pour s’en sortir, certains paysans brûlent leurs plantations de café qu’ils remplacent par des cultures plus rentables.
"J’ai brûlé tous mes champs de café qui ne me rapportent plus rien depuis des années. Je les ai remplacés par d’autres cultures beaucoup plus rentables. Notamment de manioc, de maïs, d’arachide, d’ananas, de patate douce…", affirme, nostalgique, Honorine Nlondo, une planteuse de Mwenge, dans le Mayumbe, à environ 500 km de Kinshasa, à l’ouest de la RD Congo. Comme Honorine, les agriculteurs de cette région n’hésitent pas à brûler des centaines d’hectares de leurs caféiers, attaqués depuis deux décennies par une plantule, l"hepatorium odoratum". "C’est une petite plante, appelée ‘sida’ par les paysans. Elle a fait son apparition vers les années 1980 dans la région. Elle pousse partout dans la forêt, attaque les champs, les plantations et empêche la bonne croissance des cultures, dont le café ", explique Victor Ngeni, agronome à Lukula, un territoire du Bas-Congo.
"A notre époque, de nombreux paysans de la région ont fait étudier leurs enfants devenus aujourd’hui pour la plupart de ‘grands hommes’, grâce aux produits de vente du café bien traité", regrette Justin Bundiena, visage ridé, la nonantaine révolue. Ce villageois est un ancien cadre de la Société du café du Mayumbe, Scam/Tshela, l’une des entreprises qui s’occupaient de la culture, du traitement et de la commercialisation du café dans la région.
Il y a quelques décennies, personne ne pouvait, en effet, se passer du café dans cette contrée. Des sociétés s’y étaient installées et rachetaient les produits des caféiculteurs pour les traiter. Mais depuis, elles ont toutes mis la clé sous le paillasson à cause de la chute du cours mondial du café des années 80, des multiplicités des taxes auxquelles elles étaient soumises et de l’abandon de cette culture par les paysans. "Avant la chute des prix, le Mayumbe produisait en moyenne 400 t par an de baie rouge (une variété des cafés robusta et petit-kwilu cultivé dans cette partie de la Rd Congo). Aujourd’hui, il n’en produit plus que 14 t", indique François Zolo, agronome dans une société du café.

Pas de café avec pellicule et parche
Les rares planteurs dont les cultures ont été épargnées par la maladie ont aujourd’hui de la peine à les transformer, avant de les écouler localement. Ils se débrouillent comme ils peuvent. Leur café est souvent mal traité. Cueilli trop tôt, non dépulpé, mal séché, il donne un café de mauvaise qualité qu’on ne peut pas exporter en dehors du pays. "Après la cueillette, je fais conserver les cerises dans des sacs que je plonge dans l’eau afin d’augmenter leur poids. Une semaine après, je les retire des eaux et les sèche au soleil, puis je les fais broyer à l’aide du moulin à manioc", explique Georges Kafuanga, un planteur qui explique comment il s’en sort depuis la fermeture des grandes unités de transformation.
Mais cette façon de traiter le café est déconseillée par l’Union des planteurs du café du Mayumbe (UPLACAM). Ernest Bakambana, son vice-président, multiplie des rencontres de sensibilisation de ses membres pour attirer leur attention sur les risques sanitaires auxquels ils exposent la population. Selon le Dr Mbadu Mbumba, "la pellicule du café renferme des produits toxiques qui peuvent provoquer l’hypertension, la cécité ainsi que d’autres maladies cardio-vasculaires auprès de ses consommateurs".

Une voie de sortie
"L’Etat doit mettre en place une politique appropriée dans l’implantation des unités de torréfaction et, éventuellement, instruire tous ses services qui interviennent dans la taxation de revoir à la baisse les différentes taxes de manière à relancer la production et l’exportation", suggèrent les paysans qui veulent relancer la culture du café.
Pour Dieudonné Kasembo, Président de la Fédération des entreprises au Bas-Congo, "le secteur caféier étant très important dans l’économie paysanne, le gouvernement doit créer des coopératives des planteurs et fournir des produits phytosanitaires pour lutter contre la maladie qui grève les cultures de café dans ce coin".
Mais certains privés prennent déjà l’initiative. Pour aider les paysans, un propriétaire de rares usines de café encore en activité au Mayumbe, veut les ouvrir à tous. "Mes tarifs encore à l’étude seront accessibles à toutes les bourses", annonce José Matsu, dont l’unité de traitement dispose d’un séchoir thermique moderne.
 
 
(par Dieudonné Muaka Dimbi)